Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410550
lundi 12 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410550 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024, M. A B, représenté par la SELARL SMETH, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une nouvelle date de rendez-vous pour l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la date de convocation adressée par les services préfectoraux l'oblige à rester dans une situation juridique précaire, étant en situation irrégulière sur le territoire français et exposé à la rupture de son contrat de travail ;
- la mesure demandée est utile dans la mesure où elle constitue la seule voie par laquelle il peut obtenir une convocation dans un délai raisonnable ;
- le délai de rendez-vous fixé de près de deux ans à compter de l'introduction de sa demande de titre de séjour est anormalement longue et préjudicie à son droit d'accès au service public, son droit de mener une vie privée et familiale et sa liberté d'aller et venir ;
- la mesure demandée ne créée aucun obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que ni l'urgence, ni l'utilité de la mesure ne sont justifiées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bocquet, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
3. Si l'étranger souhaite que la date de convocation qui lui a été fixée soit avancée, il lui appartient de saisir l'autorité administrative d'une demande en ce sens. La décision par laquelle l'autorité administrative refuse de faire droit à une telle demande peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir. S'il s'y croit fondé, l'intéressé peut assortir son recours en annulation d'une requête en suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Alors même que le référé régi par l'article L. 521-3 du même code revêt un caractère subsidiaire, l'étranger qui estime être dans une situation d'urgence immédiate ne lui permettant pas d'attendre une réponse de l'autorité administrative à la demande de rendez-vous rapproché qu'il a présentée, peut saisir le juge des référés sur le fondement de ces dispositions. S'il considère remplies les conditions qu'elles posent, le juge des référés peut enjoindre au préfet d'avancer la date précédemment proposée.
4. Il résulte de l'instruction que M. B, ressortissant tunisien né le 8 novembre 2002, est irrégulièrement entré en France en 2020 selon ses déclarations. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 18 janvier 2024 et a reçu le 30 mai 2024 une convocation pour le 21 novembre 2025 à la préfecture en vue de l'enregistrement de sa demande. Pour justifier de l'urgence à l'obtention d'une mesure du juge des référés afin d'être convoqué à une date plus proche, M. B soutient qu'il est maintenu en situation précaire anormalement longue du fait de l'irrégularité de sa situation sur le territoire français. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'il est présent sur le territoire français depuis 2020 selon ses propres déclarations et ce n'est que récemment, le 18 janvier 2024, soit plus de quatre ans après son entrée sur le territoire, qu'il a entrepris des démarches en vue de régulariser sa situation. Si M. B soutient également que son employeur risque de le licencier à défaut de production d'un justificatif l'autorisant à travailler, il ne démontre pas que sa situation administrative nuise à son emploi dès lors qu'il est employé depuis le 1er octobre 2021 en qualité d'ouvrier, que ce n'est que récemment, le 18 janvier 2024, qu'il a sollicité un rendez-vous afin de déposer une première demande d'admission exceptionnelle au séjour, ni qu'il risquerait de prendre son emploi en raison de sa situation administrative. Dès lors, et alors que le requérant n'est pas exposé à une mesure d'éloignement et peut se prévaloir le cas échéant du rendez-vous qui lui a été accordé, il ne peut être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence immédiate rendant nécessaire l'intervention du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, afin qu'il soit convoqué à une date plus rapprochée, bien que ce délai demeure regrettable.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy-Pontoise, le 12 août 2024.
La juge des référés,
Signé
P. Bocquet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.