Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410571
mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410571 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Formation à 3 juges des référés |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaires, enregistrés les 23 juillet 2024, 24 juillet 2024, 31 juillet 2024 et 2 août 2024, M. B C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à son encontre une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance pour une durée de trois mois ou à titre subsidiaire, en tant seulement que cette mesure l'empêche de voyager au Maroc jusqu'au 3 septembre 2024.
Il soutient que :
- la mesure attaquée porte atteinte à sa vie professionnelle et sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente plus un danger pour lui-même ou pour autrui et qu'il n'a aucun lien avec le terrorisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. X, président-rapporteur.
- les conclusions de Mme. U, rapporteure publique,
- et les observations de M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 17 juillet 2024, notifié le 23 juillet 2024 à 8 heures 41, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, sur le fondement des dispositions des articles L. 228-1 à L. 228-7 du code de la sécurité intérieure, pris à l'encontre de M. B C, ressortissant français né le 13 avril 1978, pour une durée de trois mois, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance. Cet arrêté lui interdit de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Bagneux, lui impose de se présenter une fois par jour, tous les jours de la semaine, y compris les dimanches, les jours fériés ou chômés, à 8 heures, au commissariat de police de Bagneux, l'oblige à confirmer et justifier son lieu d'habitation auprès de ce commissariat et à déclarer un changement d'habitation éventuel, et à subordonner tout déplacement hors du périmètre autorisé à l'obtention préalable d'une autorisation écrite (sauf-conduit). M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté. Par ailleurs, par arrêté modificatif du 23 juillet 2024, un sauf-conduit a été accordé à M. C pour ses déplacements professionnels.
2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entré en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ".
3. Pour prendre l'arrêté attaqué, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé a tenté de poignarder un militaire de l'opération Sentinelle le 15 septembre 2017 en criant Allah Akbar, fait pour lequel il a été déclaré pénalement irresponsable par la 2e chambre d'instruction de la Cour d'appel de Paris, qu'il a été admis en soin psychiatrique à l'hôpital Paul Guiraud à Clamart d'où il est sorti le 27 février 2020, et qu'il continue de présenter un profil psychiatrique instable.
4. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas sérieusement contesté que le geste de 2017 de M. C s'apparentait à une tentative de suicide par la main d'autrui dans un contexte de grande fragilité psychologique, qui a été requalifiée de caractère terroriste en violences aggravées, faits pour lesquels il a été déclaré pénalement irresponsable et interné en psychiatrie jusqu'au 27 février 2020, date à compter de laquelle il fait l'objet d'un suivi. Le psychiatre en charge de ce suivi à l'hôpital Guiraud a estimé, aux termes du certificat du 23 juillet 2024, que l'intéressé présente une évolution favorable et qu'il ne représentait pas de dangerosité pour lui-même ou pour autrui. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait noué des liens avec des individus appartenant à la mouvance djihadiste, ou qu'il soutienne, diffuse ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes, la visite domiciliaire effectuée le 4 juillet 2024 s'étant révélée infructueuse à cet égard. Dans ces conditions, eu égard au caractère isolé du geste de M. C de 2017, alors qu'aucun autre fait ne lui a été imputé depuis cette date, de l'évolution favorable de son état psychique et de l'absence de tout indice de radicalisation depuis cet évènement, la condition posée par les dispositions précitées relative à l'adhésion des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes ne peut être regardée, en l'espèce, comme remplie. Il s'ensuit que M. C est fondé à soutenir que le ministre de l'intérieur et des outre-mer, en prenant l'arrêté attaqué, a méconnu les dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure, et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que l'arrêté attaqué doit être annulé.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté susvisé du 17 juillet 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer portant mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 août 2024, à laquelle siégeaient :
M. X, président,
Mme Y, première conseillère,
Mme Z, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
M. X
L'assesseur le plus ancien,
Signé
Mme YLa greffière,
Signé
Mme A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2410571