Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410624

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine obligeait M. B, ressortissant ivoirien, à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour d'un an, ainsi que son assignation à résidence. La solution retenue est fondée sur un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle et familiale du requérant, qui réside avec sa compagne française et leurs deux enfants français nés en 2023. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 24 juillet 2024 et 7 août 2024, M. A B, représenté par Me Keufak Tameze, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé ;

- il ne résulte pas d'un examen complet de sa situation ;

- il méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bocquet, conseillère, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée ;

- et les observations de M. B, présent, accompagné de sa compagne et de leurs enfants, qui a indiqué souhaiter rester en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 26 décembre 1997, fait l'objet d'un arrêté du 18 juillet 2024 pris à son encontre par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces arrêtés du 18 juillet 2024.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. M. B soutient qu'il est installé en France depuis 2020 après être entré régulièrement en qualité de conjoint de française, qu'après son divorce en 2021 il s'est installé avec une autre ressortissante française et qu'il est père de deux enfants français nés en août 2023 et dont il s'occupe. Au regard des pièces produites, tant les attestations et factures, le requérant démontre résider avec sa compagne et leurs deux enfants et participer à l'entretien et l'éducation de ces derniers. En outre, il a fait part de ces éléments relatifs à sa situation familiale lors de son audition par les services de police et qui ont donc été portés à la connaissance du préfet. Par ces motifs, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit être accueilli.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de l'arrêté du 18 juillet 2024 portant assignation à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, sous réserve que le requérant dépose un dossier complet de demande de titre de séjour auprès des services préfectoraux et sans préjuger du résultat de l'instruction de cette demande, une autorisation provisoire de séjour pendant l'instruction de son dossier.

Sur les frais du litige :

5. M. B ne démontre pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

6. Dans les circonstances de l'espèce, en l'absence de dépôt d'une demande de titre de séjour par le requérant et ce, alors que ses enfants sont nés depuis onze mois à la date de la décision attaquée, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 18 juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant une interdiction de retour et portant assignation à résidence sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, sous réserve que le requérant dépose un dossier complet de demande de titre de séjour auprès des services préfectoraux et sans préjuger du résultat de l'instruction de cette demande, une autorisation provisoire de séjour pendant l'instruction de son dossier.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

P. Bocquet

La greffière,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.