Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410628

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'exécution de la décision du 3 mai 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B A, ressortissante colombienne. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la requérante, qui sollicitait un changement de statut (d'étudiant vers "recherche d'emploi-création d'entreprise") et non un renouvellement de titre, ne justifiait pas de circonstances particulières nécessitant une mesure provisoire immédiate. La solution retenue s'appuie sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juillet 2024, Mme C B A, représentée par Me Rapoport, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en date du 3 mai 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors, qu'outre la présomption d'urgence qui s'applique en matière de refus de renouvellement de titre de séjour, elle est désormais en situation irrégulière, portant atteinte à sa situation professionnelle alors qu'elle doit signer un contrat de travail à durée indéterminée au plus tard le 30 août prochain ;

- plusieurs moyens sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle a été prise par une autorité incompétente ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle est entachée d'erreurs de droits tirées de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'interprétation erronée de l'arrêté du 4 mai 2022 et du défaut d'examen sérieux de sa situation ;

* elle est entachée d'une erreur de fait ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête n° 2408264, enregistrée le 7 juin 2024, par laquelle Mme B A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 5 août 2024 à

14 heures 00.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de

Mme Phu, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, juge des référés,

- et les observations de Me Girod substituant Me Rapoport représentant Mme B A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B A, ressortissante colombienne née le 7 janvier 2000 à Bogota, est entrée en France le 5 septembre 2022 munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 5 septembre 2023. Elle a été mise en possession d'une carte de séjour temporaire d'une durée de six mois expirant le 5 mars 2024. Elle ensuite déposé le 7 mars 2024 une demande de carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi-création d'entreprise " auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine. Par un arrêté en date du 3 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, Mme B A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 3 mai 2024 portant refus de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas parmi lesquels figurent les demandes de changement de fondement de titre de séjour, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il ressort des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas contesté que Mme B A qui était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 5 mars 2024, a sollicité un changement de statut sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du droit d'asile, qui précise les conditions de prolongation du séjour des étudiants et chercheurs par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ". L'intéressée fait valoir qu'elle est bénéficiaire d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée, avec une date butoir fixée au 30 août 2024. Ainsi, eu égard aux conséquences du refus de titre de séjour sur la situation professionnelle de Mme B A, l'urgence exigée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est caractérisée. La condition d'urgence est ainsi remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

5. Aux termes L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; / 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. ".

6. En vertu de l'arrêté du 4 mai 2022 fixant la liste des pièces exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et figurant à l'annexe 10 de ce code, doit notamment être présenté, à l'appui d'une demande titre de séjour formée sur le fondement de l'article L. 422-10 " () un diplôme de grade au moins équivalent au master ou diplômes de niveau I labellisés par la Conférence des grandes écoles ou diplôme de licence professionnelle obtenu dans l'année dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national ou attestation de réussite définitive au diplôme () " ;

7. Il résulte de ces dispositions que la demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " doit être présentée dans l'année qui suit la délivrance matérielle du diplôme, lequel figure au nombre des pièces devant être produites par le demandeur.

8. Par sa décision du 3 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de Mme B A au motif qu'à l'appui de sa demande du 7 mars 2024, Mme B A avait présenté un diplôme obtenu au titre de l'année universitaire 2022/2023 soit plus d'un auparavant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si Mme B A s'est vu délivrer, le 4 octobre 2023, le diplôme " programme grandes écoles / grade de master " par la Toulouse Business School, ses notes de soutenance et de stage n'ont été validées que le 9 janvier 2024 à l'issue de son stage le 5 janvier 2024 et de sa soutenance de mémoire le 18 décembre 2023. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du de justice administrative sont remplies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 3 mai 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B A, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

11. En application des dispositions précitées de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, l'exécution de la présente ordonnance implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme B A, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler pendant la durée de cet examen. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

12. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 3 mai 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de Mme B A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler pendant la durée de cet examen.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B A une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 06 août 2024.

La juge des référés,

Signé

S. Cuisinier-Heissler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0