Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410671
mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410671 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Formation à 3 juges des référés |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 juillet 2024 et 2 août 2024, M. C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à son encontre une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance pour une durée de trois mois.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'un détournement de pouvoir ;
- il est entaché d'erreurs de fait ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. X, président-rapporteur.
- les conclusions de Mme U, rapporteur publique,
- et les observations de M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 28 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, sur le fondement des dispositions des articles L. 228-1 à L. 228-7 du code de la sécurité intérieure, pris à l'encontre de M. C B, ressortissant français né le 1er mai 1976, pour une durée de trois mois, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance. Cet arrêté lui interdit de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Meudon, lui impose de se présenter une fois par jour, tous les jours de la semaine, y compris les dimanches, les jours fériés ou chômés, à 10 heures, au commissariat de police de Meudon, l'oblige à confirmer et justifier son lieu d'habitation auprès de ce commissariat et à déclarer un changement d'habitation éventuel, et à subordonner tout déplacement hors du périmètre autorisé à l'obtention préalable d'une autorisation écrite (sauf-conduit). Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. M. B soutient qu'il est victime de harcèlement de la part de l'adjointe au maire de la commune de Meudon chargée de la sécurité et que l'arrêté attaqué, qui serait la conséquence de sa vindicte et avant elle de l'ancien maire de la commune, est entaché d'un détournement de pouvoir. Toutefois, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que l'arrêté attaqué, qui n'a pas été pris par cette autorité mais par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, aurait été motivé par une animosité de cette adjointe à l'encontre de M. B. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.
3. M. B soutient que l'arrêté contesté est fondé sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'il affirme n'avoir jamais été dans un magasin d'armes avec son frère, n'avoir pas possédé de tapis de prière à l'effigie de Daech, n'avoir pas été membre du GSPC et ne pas faire de prosélytisme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'arrêté contesté que le requérant et son frère ont été observés le 18 août 2016 dans un magasin spécialisé dans la vente de matériels destinés aux forces de l'ordre où ils ont acheté des bombes lacrymogènes et une matraque télescopique, sans que M. B n'apporte d'éléments de nature à utilement contredire le signalement circonstancié dont se prévaut le ministre de l'intérieur et des outre-mer dans son arrêté. M. B n'apporte en outre aucun élément de nature à contredire utilement les autres signalements retenus par l'arrêté attaqués, selon lesquels, notamment, l'intéressé a été identifié en 2004 comme islamiste radical proche des thèses du GSPC, avoir fréquenté en 2006 des membres de cette mouvance, s'être montré vindicatif en 2015 lors d'un contrôle routier au cours duquel il a refusé d'adresser la parole à un fonctionnaire féminin, avoir été de nouveau signalé pour ses liens avec la mouvance islamiste et arrêté en 2016 et 2017 lors d'activités de repérage suspectes, et avoir possédé à son domicile en 2016 du matériel de propagande de Daech. Il s'ensuit que les moyens tirés des erreurs de fait et de l'erreur d'appréciation de l'arrêté attaqué au regard de la menace d'une particulière gravité que M. B représente pour l'ordre public dans le contexte particulier des Jeux olympiques, ou de ses liens avec la mouvance djihadiste, doivent être écartés.
4. En revanche, eu égard à la conciliation nécessaire entre, d'une part, la liberté d'aller et venir et, d'autre part, la nécessité de préserver la société des atteintes graves à l'ordre public en limitant les contraintes imposées à M. B à leur seule nécessité, le ministre a limité excessivement les déplacements de l'intéressé dans le temps, dès lors que les Jeux olympiques et paralympiques de Paris, circonstance que le ministre a notamment retenue pour justifier la nécessité de la mesure en litige, prendront fin le 8 septembre 2024, et que l'administration n'établit pas l'existence au-delà de cette date de circonstances particulières propres à justifier les sujétions imposées au requérant. Par suite, il y a lieu d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 en tant qu'il produit des effets au-delà du 8 septembre 2024.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté susvisé du 28 juin 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer est annulé en tant qu'il produit des effets au-delà du 8 septembre 2024.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 août 2024, à laquelle siégeaient :
M. X, président,
Mme Y, première conseillère,
Mme Z, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
M. X
L'assesseur le plus ancien,
Signé
Mme YLa greffière,
Signé
Mme A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2410671