Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410679

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationFormation à 3 juges des référés

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule un arrêté du ministre de l'intérieur du 27 juin 2024 imposant à M. C, pour trois mois, des mesures de contrôle et de surveillance (interdiction de quitter sa commune et pointage quotidien). Le tribunal juge que les faits invoqués (menaces de mort à connotation religieuse en 2021, antécédents mineurs) sont insuffisants, en l'absence d'éléments récents, pour caractériser une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public au sens de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure. La décision est fondée sur une erreur d'appréciation de cette disposition. L'État est condamné à verser 1 000 euros à M. C au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Achache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à son encontre une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance pour une durée de trois mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'est pas établi que M. C constituerait une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public ou qu'il adhérerait à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. X, président-rapporteur.

- les conclusions de Mme U, rapporteure publique,

- et les observations de Me Nazarenko-Sas, représentant M. C, présent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, sur le fondement des articles L. 228-1 à L. 228-7 du code de la sécurité intérieure, pris à l'encontre de M. C, ressortissant algérien né le 15 décembre 1985, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance aux termes de laquelle, outre une interdiction de se rendre sur certains lieux le 24 juillet 2024, il a interdiction de se déplacer sans autorisation préalable hors du territoire de la commune de Rueil-Malmaison pendant une durée de trois mois et doit, pendant la même durée, se présenter une fois par jour au commissariat de police de Rueil-Malmaison. Dans la présente instance, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ".

3. Pour prendre l'arrêté attaqué, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur les circonstances que le 25 juillet 2019, M. C a été interpellé suite à des insultes proférées à l'encontre d'un agent de surveillance de la voie publique ; que, le 16 février 2021, il s'est rendu dans le commissariat de Rueil-Malmaison pour déposer une main-courante dans le cadre de sa séparation d'avec sa compagne car il ne supportait pas qu'elle ne prépare pas à manger et qu'elle ne travaille pas ; enfin que, le 30 décembre 2021 l'intéressé a été condamné à 500 euros d'amende pour menaces de mort réitérées à l'encontre d'une employée d'un commerce dans les termes suivants : " tu fumes la chicha ! tu as enlevé ton foulard islamique ! Moi, je te tue ! Je suis un Algérien, tu ne me connais pas. Je sais maintenant où tu travailles, je reviendrai demain. ", mimant un geste d'égorgement à plusieurs reprises.

5. Toutefois, ces faits de violence verbale imprégnée de radicalisme religieux, pour condamnables qu'ils soient, ne permettent pas, à eux-seuls, alors qu'aucun fait n'est imputé à l'intéressé depuis sa condamnation en 2021 et que la visite domiciliaire réalisée le 10 juillet 2024 s'est révélée infructueuse, de considérer que le comportement de M. C constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics ou que l'intéressé soutient, diffuse ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes. Dans ces conditions, l'intéressé est fondé à soutenir que le ministre de l'intérieur et des outre-mer, en prenant l'arrêté attaqué, a méconnu les dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté attaqué doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

7. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté susvisé du 27 juin 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer portant mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. X, président,

Mme Y, première conseillère,

Mme Z, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

M. X

L'assesseur le plus ancien,

Signé

Mme YLa greffière,

Signé

Mme A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2410679