Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410689

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410689
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de M. A, ressortissant algérien, qui demandait l'exécution forcée d'un jugement du 28 septembre 2023 lui enjoignant de délivrer un certificat de résidence. Le juge estime que l'urgence invoquée n'est pas caractérisée, car M. A a bénéficié d'un récépissé de six mois après le jugement et n'établit pas de circonstances particulières rendant nécessaire une intervention dans les 48 heures. La solution retenue est le rejet de la requête pour défaut d'urgence, sans examen du fond, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Jaboeuf, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sans délai, ou, à titre subsidiaire, de lui renouveler sans délai son récépissé ;

2°) de condamner l'État aux entiers dépens.

Il soutient que :

- l'urgence est établie dès lors que l'absence de délivrance d'un titre de séjour le place en situation irrégulière au regard de son droit au séjour en France, le prive de toute ressource financière, le conduisant à son expulsion et au retrait du placement de son enfant à son domicile ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie familiale normale et le préfet méconnait l'autorité absolue de la chose jugée par le tribunal, qui, dans un jugement du 28 septembre 2023 a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence algérien.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ouillon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 21 décembre 1986, déclare être entré en France, le 24 janvier 2019. Le 18 mars 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 31 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Cet arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du

31 mars 2023 a été annulé par le jugement n°2305657 du 28 septembre 2023 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise qui a également enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. L'intéressé a été reçu, le 15 janvier 2024, au sein des services de la préfecture des Hauts-de-Seine dans le cadre de l'exécution de l'injonction prononcée par le tribunal dans son jugement du

28 septembre 2023 et s'est vu remettre un récépissé d'une durée de validité de six mois, valable jusqu'au 14 juillet 2024. M. A, qui indique que depuis ce rendez-vous, il ne s'est plus vu remettre de document de séjour, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de lui renouveler sans délai son récépissé.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L.522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Si l'inexécution totale ou partielle d'une décision rendue par une juridiction administrative est normalement régie par les procédures définies respectivement par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du code de justice administrative, l'existence de ces procédures ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce que la partie intéressée présente au juge des référés une demande tendant à ce qu'il ordonne une mesure d'urgence sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, pour autant qu'il soit satisfait à l'intégralité des conditions posées par ce texte pour sa mise en œuvre et notamment à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure de sauvegarde d'une liberté fondamentale.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer sans délai un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", M. A fait valoir qu'il n'est pas à l'origine de la situation dans laquelle il se trouve, qu'il est, en outre, père d'un enfant ressortissant français en bas âge qu'il héberge à son domicile dont il est locataire, que l'absence de délivrance d'un titre de séjour, le place dans une situation irrégulière au regard de son droit au séjour sur le territoire français, en méconnaissance du jugement rendu le 28 septembre 2023 par le tribunal administratif et le prive de toute ressource financière et qu'il risque de se voir retirer le placement de son enfant à son domicile. Toutefois, le courriel du 12 juillet 2024 par lequel l'employeur du requérant lui a seulement demandé de lui transmettre la prolongation de son document l'autorisant à séjourner en France, ne suffit pas à établir que son contrat de travail serait suspendu ni qu'il serait sous la menace d'un licenciement imminent. De même, le requérant n'établit pas qu'il risquerait prochainement d'être expulsé de son logement ni encore que le placement, ordonné par un jugement du tribunal pour enfant C du 27 mai 2024, de son enfant auprès du service de l'aide sociale à l'enfance de l'Essonne qui s'exerce sous la forme d'un hébergement à son domicile jusqu'au 31 mai 2025, serait très prochainement remis en cause. Enfin, il n'est pas contesté qu'aucune mesure d'éloignement n'est prise ou même envisagée à l'encontre du requérant. Dans ces conditions, les circonstances dont se prévaut M. A ne peuvent, en l'état, être regardées comme caractérisant une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures selon la procédure prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Cergy, le 1er août 2024.

Le juge des référés,

Signé

S. Ouillon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.0