Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410693

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. C, ressortissant sénégalais, contestant l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 27 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour d'un an. Le juge a écarté la fin de non-recevoir pour tardiveté soulevée par le préfet, considérant que la requête était bien dirigée contre l'arrêté du 27 juin 2024. Sur le fond, il a rejeté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la délégation de signature étant régulière, et a estimé que la mesure ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise les 24 et 25 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Lujien, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 pris par le préfet des Hauts-de-Seine portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de son renoncement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente.

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance de renvoi du 31 juillet 2024 n° 2418895/12/3, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête enregistrée le 11 juillet 2024 au greffe du tribunal administratif de Paris tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 juin 2024 pris par le préfet des Hauts-de-Seine portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.

Il fait valoir que la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bocquet, conseillère, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 26 septembre 2024.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant sénégalais né le 25 décembre 1990, est entré en France le 31 décembre 2020. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 30 novembre 2023 et confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) dans une décision du 19 avril 2024. Par un arrêté du 20 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un second arrêté du 27 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a abrogé le précédent arrêté et obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Si le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que la requête est tardive en ce qu'elle conclut à l'annulation de l'arrêté du 20 juin 2024, notifié le 4 juillet 2024, il ressort des pièces du dossier qu'en prenant l'arrêté du 27 juin 2024 il a implicitement abrogé le précédent arrêté et que la requête introduite dans la présente instance est explicitement dirigée contre l'arrêté du 27 juin 2024. Au demeurant, le préfet des Hauts-de-Seine ne produit pas l'accusé de réception démontrant la date de notification de ce second arrêté et ne pouvait donc opposer le délai de recours de quinze jours. Par conséquent il n'y a pas lieu de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense qui doit, au demeurant, être écartée comme infondée concernant l'arrêté du 27 juin 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. Par un arrêté du 7 mai 2024 n°2024-27, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine du même jour, Mme E G, responsable de la section chargée de la procédure Dublin et du suivi des déboutés du droit d'asile, disposait d'une délégation de signature à cette fin, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F B, directrice des migrations et de l'intégration. En outre, il n'est ni établi, ni même allégué, que celle-ci n'était ni absente, ni empêchée, à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions litigieuses, qui manque en fait, doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. C soutient que l'arrêté méconnaît les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il maîtrise le français. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour démontrer la méconnaissance des stipulations invoquées, M. C ayant au demeurant déclaré être célibataire et sans enfant à charge et ne démontrant pas d'insertion particulière sur le territoire français. Par conséquent le moyen en peut qu'être écarté en ce qu'il est infondé.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire et celles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

P. BocquetLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.