Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410695
mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410695 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2024, M. A, représenté par Me C, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour pour soins, ou, à titre subsidiaire, de procéder, sans délai, au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil, Me C, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il méconnait son droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la charte européenne des droits fondamentaux ;
- il a été pris en méconnaissance de l'autorité de la chose jugée du jugement n°2411938 du tribunal administratif de Paris du 29 mai 2024 ;
- il est entaché d'un défaut de base légale ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit au regard de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte européenne des droits fondamentaux ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;
- les observations de Me Sangue, substituant Me C et représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève le moyen tiré du défaut de consultation des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain né le 1er juillet 1972, est entré régulièrement sur le territoire français en 2000, selon ses déclarations. Par un arrêté du 14 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux délais dans lesquels le tribunal doit statuer, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. " Il résulte de ces dispositions qu'un étranger ayant fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, annulée par une juridiction administrative, bénéficie de l'autorisation de se maintenir sur le territoire durant le réexamen de sa situation administrative par le préfet territorialement compétent, nonobstant les circonstances que la juridiction ait assorti d'un délai l'injonction de délivrer une telle autorisation, ou encore que le préfet ne l'ait pas délivrée ainsi qu'il le lui incombait. Il appartient par ailleurs au préfet, qu'il ait ou non été saisi d'une demande en ce sens, de se prononcer sur le droit de l'intéressé à un titre de séjour.
5. En l'espèce, il est constant que M. A a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, annulée par le tribunal administratif de Paris le 29 mai 2024, sur le fondement d'un défaut d'examen de sa situation, notamment au regard de sa situation médicale. A la date d'édiction de la décision attaquée, son droit au séjour n'avait pas été réexaminé. Il en résulte que M. A ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et que le préfet des Hauts-de-Seine, en édictant une nouvelle obligation de quitter le territoire français, sans faire état se sa situation médicale, a méconnu l'autorité de la chose jugée attachée au jugement n°2411938 du tribunal administratif de Paris du 29 mai 2024.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 14 juillet 2024 du préfet des Hauts-de-Seine portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Les motifs du présent jugement impliquent seulement qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais de l'instance :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser au conseil de M. A, Me C, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 14 juillet 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente décision, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'État versera à Me C la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à M C et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F. BeaufaÿsLe greffier,
signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.