Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410714
jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410714 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2024, M. B A, représenté par
Me Boulestreau, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou, à défaut, un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour l'autorisant à séjourner et à travailler dès la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.
Il soutient que :
- l'urgence est établie dès lors qu'à défaut de document l'autorisant à séjourner en France, ses contrats de travail ont été suspendus et il risque d'être licencié, le privant de revenus et qu'il est maintenu en situation de précarité administrative et risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et à son droit au travail.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ouillon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article
R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
3. M. A, ressortissant sénégalais né le 25 janvier 1974, a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 14 décembre 2023 au 13 juin 2024. Il a déposé le 21 avril 2024 une demande de renouvellement de son titre de séjour par le biais de la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou, à défaut, un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour l'autorisant à séjourner et à travailler
4. Pour justifier de la situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A soutient qu'à la suite du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour, il ne s'est pas vu remettre d'attestation de prolongation d'instruction, qu'il n'est pas ainsi en mesure de justifier de la régularité de son séjour en France, que son contrat de travail a été suspendu et qu'il risque d'être licencié, le privant de revenus, qu'il risque également de faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français et que cette situation porte atteinte à son droit au travail et à sa liberté d'aller et venir. Toutefois, il résulte de l'instruction que si l'exécution du premier contrat de travail à temps partiel de l'intéressé conclut avec la société Derichebourg a été suspendu, cette suspension est intervenue le 14 juin 2024, soit plus d'un mois avant l'introduction de la présente requête. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le requérant poursuit toujours l'exécution de son second contrat de travail qu'il a conclu avec la société Axis Propreté Services. Si cette dernière société a demandé à l'intéressé, par courrier du 9 juillet 2024, de lui transmettre un document attestant de la régularité de son séjour en France, un délai de trois mois, soit jusqu'au 13 septembre 2024, lui a été accordé pour le faire. Enfin, le requérant est hébergé chez un proche et il n'est pas contesté qu'aucune mesure d'éloignement n'est prise ou même envisagée à son encontre. Ainsi, les considérations dont se prévaut M. A ne peuvent, en l'état, être regardées comme caractérisant une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures selon la procédure prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative et sans qu'il y ait lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Fait à Cergy-Pontoise, le 1er août 2024.
Le juge des référés,
Signé
S. Ouillon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.