Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410751

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410751
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise rejette la requête en référé de Mme B, ressortissante tunisienne, qui demandait, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de la convoquer pour le renouvellement de son titre de séjour étudiant. La juge des référés constate qu'une décision implicite de rejet est née le 24 novembre 2023, soit quatre mois après le dépôt de sa demande via le téléservice ANEF (articles R. 431-2 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile). En conséquence, les mesures sollicitées feraient obstacle à l'exécution de cette décision administrative, ce qui rend la requête irrecevable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Walther, demande à la juge des référés :

1°) d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de la convoquer à un rendez-vous en vue de l'examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans les quinze jours suivant l'ordonnance à intervenir, en lui délivrant dans l'attente un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction dès la notification de l'ordonnance ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle n'a eu aucun retour des services préfectoraux depuis l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, le 24 juillet 2023, et qu'elle ne dispose pas de document valide l'autorisant à séjourner en France ; elle est donc placée dans une situation très précaire qui l'empêche de poursuivre ses études, et risque d'être éloignée ;

- les mesures sollicitées sont utiles et aucune décision n'a été prise sur sa demande.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme David-Brochen, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante tunisienne, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur la plateforme de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), téléservice prévu par l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de la convoquer à un rendez-vous et de lui délivrer, pendant l'instruction de sa demande, un document l'autorisant à séjourner en France.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles, qu'elles ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et qu'elles ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de ce dernier article, dans sa version applicable au litige : " Sont effectuées au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : / 1° A compter du 1er mai 2021, les demandes de cartes de séjour temporaires portant la mention " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité " mentionnées aux articles L. 422-1 et L. 422 -5 du même code (). ". Aux termes de l'article R. 432-15-1 du même code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme B a été régulièrement formée sur la plateforme de l'ANEF, le 24 juillet 2023. Elle a donné lieu à la délivrance d'une attestation de dépôt en ligne, telle que prévue à l'article R. 432-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui confirme le bon enregistrement de la demande et constitue le point de départ de son instruction par les services préfectoraux. Alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la demande ainsi présentée aurait été incomplète, le délai de quatre mois prévu à l'article R. 432-2 du même code a donc commencé à courir le 24 juillet 2023, date de délivrance de l'attestation de dépôt, et une décision implicite de rejet est née sur cette demande le 24 novembre 2023. Dans ces conditions, les mesures sollicitées par l'intéressée sont de nature à faire obstacle à l'exécution d'une décision.

5. Par suite, les conclusions présentées par la requérante doivent être rejetées, y compris celles qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il lui reste toutefois loisible, si elle s'y croit fondée, de saisir le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 18 octobre 2024.

La juge des référés,

signé

L. David-Brochen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.