Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410765
lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410765 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, M. C B, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entachée d'une erreur de droit ou à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque de fuite n'étant pas établi ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porte une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- l'arrêté méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2024 le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision et transmet les pièces constitutives du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. d'Argenson en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant turque né le 17 août 2004, est entré sur le territoire français le 15 juin 2022. L'intéressé a déposé une demande de reconnaissance du statut de réfugié qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 novembre 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 21 mars 2024. Par un arrêté du 10 juillet 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français :
2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait fait l'objet de décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions inexistantes doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
3. Par arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet a donné délégation à Mme A, adjointe à la cheffe du bureau de l'intégration et des naturalisations, à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français ainsi que celles fixant ou non un délai de départ volontaire et celles fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
4. Si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
5. Si le requérant soutient que la décision contestée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle le moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, le préfet soutient, sans être contesté que sa femme et ses enfants résident à l'étranger. Dans ces conditions, les stipulations précitées n'ont pas été méconnues et il n'y a pas eu d'erreur manifeste d'appréciation.
6. Aux termes de l'article 3 de la convention susvisée : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants "
7. Si M. B soutient que la décision contestée méconnait les stipulations précitées il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. Il ne démontre donc pas la réalité des risques actuels et personnels auxquels il serait directement exposé en cas de retour en Turquie, sa demande d'asile ayant en outre été rejetée respectivement par l'OFPRA et la CNDA. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du
Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P-H. d'ArgensonLa greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.