Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410767
lundi 19 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410767 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n° 2410767 enregistrée le 26 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Ganem, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui en a interdit le retour pendant une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée maximale de 45 jours, renouvelable deux fois, et a fixé les modalités d'astreinte dans le lieu où sa résidence est fixée et de présentation auprès des services de police dans l'attente de l'exécution de son éloignement ;
4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui restituer son titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette notification ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans ce même délai de quinze jours ;
5°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de saisir les services ayant procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen afin qu'il soit mis fin à son signalement ;
6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Ganem en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure ;
- elle méconnaît le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que constituerait son comportement ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que constituerait son comportement au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, notamment au regard de son état de santé ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés et demande à ce qu'il soit procédé à une substitution de base légale au profit du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
II. Par une requête n° 2411630 enregistrée le 8 août 2024, M. B A, représenté par Me Ganem, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée maximale de 45 jours, renouvelable deux fois, et a fixé les modalités d'astreinte dans le lieu où sa résidence est fixée et de présentation auprès des services de police dans l'attente de l'exécution de son éloignement ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Ganem en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle s'ajoute à l'assignation prononcé par l'arrêté du 18 juillet 2024 du préfet des Hauts-de-Seine ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, notamment au regard de son état de santé ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Louazel, conseillère, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 août 2024 à 10h30 :
- le rapport de Mme Louazel, magistrate désignée ;
- les observations de Me Tocquet, substituant Me Ganem, représentant M. A, en sa présence, qui résume le contexte dans lequel sont intervenus les arrêtés attaqués ainsi que la situation administrative, familiale et médicale de M. A depuis son entrée sur le territoire français, reprend les moyens développés au sein des écritures et insiste, s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, sur les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public, de l'exception d'illégalité de la décision portant retrait de sa carte de résident, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation, s'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, sur l'ancienneté des faits qui lui sont reprochés et, s'agissant des arrêtés portant assignation à résidence, sur la difficulté engendrée par ses modalités au regard de son parcours de soins ;
- et les observations de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 28 février 1979, est entré en France en 1989 dans le cadre de la procédure de regroupement familial. Il était, en dernier lieu, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 12 juillet 2027. Par un arrêté du 7 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au retrait de cette carte de résident et à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable un an. Par deux arrêtés du 18 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui en a interdit le retour pendant une durée d'un an, et d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée maximale de 45 jours, renouvelable deux fois, et a fixé les modalités d'astreinte dans le lieu où sa résidence est fixée et de présentation auprès des services de police dans l'attente de l'exécution de son éloignement. Par arrêté du 4 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a de nouveau prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département, renouvelable deux fois, et fixé des modalités d'astreinte et de présentation identiques à celles précédemment prononcées. M. A demande l'annulation de ces arrêtés.
2. Les requêtes nos 2410767 et 2411630 sont relatives à un même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
4. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
6. Il est constant que, par arrêté du 7 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au retrait de la carte de résident de M. A, valable jusqu'au 12 juillet 2027. L'article 3 de cet arrêté mentionne toutefois qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable un an est délivrée à l'intéressé. Or il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le préfet aurait procédé au retrait de ce titre de séjour temporaire avant de prononcer, à l'encontre de M. A, l'obligation de quitter le territoire français en litige. A cet égard, et à supposer même que l'administration s'en prévale, le courrier du 11 juin 2024 du préfet des Hauts-de-Seine recueillant les observations du requérant dans le cadre de la procédure afférente ne saurait sérieusement être regardé comme une décision portant retrait de la carte de séjour temporaire dont est titulaire M. A jusqu'au 11 octobre 2024. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, ce faisant, entaché son arrêté du 18 juillet 2024 d'une erreur de droit.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la demande substitution de base légale introduite en défense, ni d'examiner les autres moyens invoqués dans les requêtes, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 18 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ainsi que, par voie de conséquence, d'une part, celles du 18 juillet 2024 lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'assignant à résidence, et, d'autre part, l'arrêté du 4 août 2024 portant également assignation à résidence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
8. L'exécution du présent jugement, qui se borne à annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français, n'implique aucune mesure particulière dès lors qu'il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit précédemment, que M. A s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an valable jusqu'au 11 octobre 2024. L'exécution du présent jugement, qui ne porte pas sur un éventuel litige opposant M. A à la préfecture s'agissant de la délivrance de ce titre de séjour, n'implique notamment pas qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à cette délivrance.
Sur les frais de l'instance :
9. M. A a été admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de ces dispositions, sous réserve de l'admission définitive du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Ganem renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les arrêtés des 18 juillet 2024 et celui du 4 août 2024 du préfet des Hauts-de-Seine sont annulés.
Article 3 : L'État versera à Me Ganem la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 6 : La présente décision sera notifiée à M. B A, au préfet des Hauts-de-Seine et à Me Ganem.
Rendu publique par mise à disposition au greffe le 19 août 2024.
La magistrate désignée,
signé
M. LOUAZEL
Le greffier,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2411630