Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410814
vendredi 16 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410814 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 26 juillet, les 5 et 6 août 2024, Mme A B, représentée par Me Diop, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
1/ en ce qui concerne l'urgence : elle se trouve dans une situation de précarité anormalement longue ; elle se trouve empêchée de déposer son dossier sur le site de l'ANEF qui ne prévoit pas la rubrique " conjoint venu par le regroupement familial "
2/ en ce qui concerne l'utilité de la mesure : elle établit l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous pour faire valoir ses droits
3/ sa demande ne se heurte à aucune décision administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête au motif que l'intéressée s'est vu remettre une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 17 juillet 2024 afin de déposer une nouvelle demande ainsi que cela lui a été indiqué, demande non déposée à ce jour.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née en 1981 est entrée en France le 2 novembre 2023 munie d'un visa de type D délivré au titre du regroupement familial. Mme B a déposé, le 16 janvier 2024, une première demande de titre de séjour. Cette demande ayant été présentée par erreur en qualité d'enfant au titre du regroupement familial, elle a été clôturée le 18 avril 2024. Mme B soutient que, depuis lors, elle ne parvient pas à déposer sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint au titre du regroupement familial et demande donc au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le message adressé par les services de la préfecture, le 18 avril 2024, informant Mme B de la clôture de son dossier de demande de titre de séjour, présenté dans une mauvaise rubrique, précisait " Au regard des éléments en notre possession, le dossier ne peut faire l'objet d'une instruction pour la raison suivante : merci de déposer une nouvelle demande dans la rubrique conjoint au titre du regroupement familial et pas enfant ". A cet effet, une attestation de prolongation d'instruction lui permettant d'effectuer régulièrement cette démarche a été délivrée à la requérante le 18 avril 2024, attestation valable jusqu'au 17 juillet 2024. Toutefois, le 1er juillet 2024, Mme B adressait un message à l'administration des étrangers en France indiquant notamment qu'elle tentait, depuis plus d'un mois, de présenter sa demande de titre de séjour, en vain cependant, aucune des rubriques auxquelles elle avait accès ne lui permettant de déposer une demande de titre de séjour en qualité de conjoint au titre du regroupement familial. Il a été répondu à ce message, le 2 juillet 2024, par un courriel précisant à Mme B que son visa étant venu à expiration, dans sa situation, la création d'un compte ANEF n'était pas possible et qu'il lui appartenait de déposer une demande de titre de séjour en ligne sur le site https://administration-etrangers-en-france.interieur.gouv.fe.particuliers/'/ en utilisant la rubrique " je demande un premier titre - sans numéro étrangers sans visa " si elle réalisait une demande pour l'un des motifs énumérés dans ce message au titre desquels ne figurait pas la situation de conjoint demandant son admission au titre du regroupement familial. Il était toutefois précisé que " pour tout autre motif ", il lui appartenait de consulter le site internet de la préfecture de son département de résidence pour être informée des modalités d'accueil des ressortissants étrangers. Dans ce contexte, l'avocat de Mme B a écrit, le 9 juillet 2024, aux services de la sous-préfecture de Sarcelles, signalant qu'il ne parvenait toujours pas à reposer la demande de titre de séjour de sa cliente au motif que les rubriques proposées ne concernaient pas sa situation, courriel auquel les services de la sous-préfecture ont répondu le lendemain en indiquant que sa cliente devait déposer sa demande en ligne sur le site de l'ANEF dans la rubrique correspondante. Dès lors, eu égard aux difficultés rencontrées par la requérante et aux réponses contradictoires auxquelles elle se trouve confrontée, qui la laissent à ce jour en situation irrégulière de séjour et surtout sans solution pour déposer sa demande de titre de séjour, Mme B doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme justifiant de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle d'obtenir à brève échéance un rendez-vous en préfecture afin de pouvoir déposer une demande de titre de séjour. La condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par Mme B doit être regardée comme remplie, de même que la condition d'utilité de la mesure sollicitée, laquelle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de fixer à Mme B un rendez-vous en préfecture dans un délai de vingt jours à compter de la notification de la présente ordonnance afin d'y déposer une demande de titre de séjour, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de fixer à Mme B un rendez-vous en préfecture afin d'y déposer une demande de titre de séjour dans un délai de vingt jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 16 août 2024.
La juge des référés,
Signé
H. Lepetit-Collin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.