Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410823
jeudi 8 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410823 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 27 juillet 2024 et 8 août 2024 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. B A, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département pour quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil sous réserve de renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté ne justifie pas de sa compétence ;
- il est entaché d'incompétence territoriale du préfet du Val-d'Oise ;
- il est entaché d'un vice de procédure, faute pour le préfet de l'avoir informé des modalités d'introduction d'une demande de protection internationale ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen ;
- le préfet a méconnu son droit d'être entendu ;
- il est entaché d'un défaut de base légale ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que l'arrêté pouvait être pris sur le fondement d'une autre base légale et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le codes des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 août 2024 :
- le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Sangue, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des audiences.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain né le 25 mai 1992, a fait l'objet d'un arrêté portant l'assignation à résidence par le préfet du Val-d'Oise le 26 juillet 2024 pour une durée de 45 jours renouvelable une fois, dont il demande l'annulation.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé [] ".
5. Il ressort des termes de l'arrêté du 26 juillet 2024 du préfet du Val-d'Oise portant assignation à résidence qu'il est fondé sur l'arrêté du 17 novembre 2022 du préfet de Seine-Saint-Denis portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Toutefois, par un jugement n°2216799 du 21 septembre 2023, le tribunal administratif de Montreuil a annulé l'arrêté du 17 novembre 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Ce jugement a été confirmé en appel par l'ordonnance n°23PA04437 et 23PA04438 du 25 janvier 2024 rendue par la cour administrative d'appel de Paris. Par suite, le présent arrêté ne pouvait être pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Toutefois, dans son mémoire en défense, le préfet du Val-d'Oise peut être regardé comme sollicitant une substitution de base légale sur le fondement de l'article L. 731-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : [] 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 [] ". Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. "
7. En l'espèce, l'arrêté attaqué ne peut trouver son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 731-1 4° précité, M. A ne pouvant faire l'objet d'un arrêté de remise, ne se trouvant pas dans les cas visés aux articles L. 621-2 à L. 621-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auquel renvoie l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de ce qui précède que la substitution de base légale sollicitée doit être écartée et que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli. Par conséquent, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 26 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a assigné M. A à résidence doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement conduisant uniquement à annuler l'arrêté portant assignation à résidence, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. A.
Sur les frais de procédure :
10. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Sangue, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sangue de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 26 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a assigné à résidence M. A dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sangue renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Sangue, avocat de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
Article 4 : Le surplus des conclusions la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Sangue et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
P. Bocquet
La greffière,
Signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2410823