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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2410829

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410829

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCARBONETTO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B A C, ressortissant brésilien, qui contestait un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 26 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le requérant invoquait notamment la méconnaissance de son droit d'être entendu (article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE), un défaut de motivation et une atteinte à sa vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a jugé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, considérant que la procédure était régulière et que la décision était proportionnée au regard de la situation de l'intéressé, en application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire complémentaire enregistrés les 28 et 30 juillet ainsi que le 13 août 2024, M. B A C, représenté par Me Carbonetto, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui communiquer l'entier dossier contenant les pièces sur la base desquelles les décisions attaquées ont été prises ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard et de prendre tout mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du principe du contradictoire et le préfet a manqué de loyauté en ne l'invitant pas à produire des documents à l'appui des déclarations qu'il a pu faire lors de son audition administrative ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il ne représente pas un risque de fuite.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés les 28 juillet et 8 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête de M. A C.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas ;

- et les observations de Me Carbonetto représentant M. A C, qui reprend les conclusions et moyens figurant dans les écritures et ajoute qu'il se désiste des conclusions formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans la requête initiale ; que son client est entré régulièrement sur le territoire national et que c'est dans l'exercice de son travail qu'il a été contrôlé par les services de police ; que le préfet n'a pas opéré d'examen complet et sérieux de la situation personnelle du requérant notamment s'agissant de sa situation professionnelle ;

- et les observations de M. A C qui fait valoir qu'il souhaite rester en France et qu'il va déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant brésilien né le 12 mai 1983, né le 16 août 1983, est entré sur le territoire français en 2018 muni de son passeport biométrique le dispensant de production d'un visa et s'y maintient depuis lors sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le 26 juillet 2024, il a été interpellé pour des faits de conduite sans permis et placé en garde à vue. Par un arrêté du 26 juillet 2024, dont M. A C demande au tribunal l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A C a été placé en centre de rétention administrative puis libéré par une ordonnance du 2 août 2024 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Versailles et assigné à résidence par cette même ordonnance pour une durée de vingt-quatre jours.

Sur la demande tendant à la production de l'entier dossier du requérant :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. () ". Le préfet des Hauts-de-Seine ayant produit le dossier contenant les pièces sur la base desquelles les décisions contestées ont été prises, les conclusions présentées à ce titre sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A C est entré régulièrement sur le territoire français dès lors qu'il était titulaire d'un passeport biométrique le dispensant de la production d'un visa et qu'il réside depuis plus de six ans sur le territoire français. Il ressort également des pièces du dossier que M. A C dispose de son propre logement, qu'il loue et habite avec son épouse, une compatriote avec laquelle il s'est marié en 2005. Par ailleurs, M. A C établit, par la production de bulletins de paie, qu'il travaille depuis plus de quatre ans pour la société " Mobilier urbain Carottage et Pose " en qualité d'aide maçon, même s'il ne dispose pas d'autorisation de travail pour ce faire et qu'il perçoit à ce titre un salaire mensuel d'environ 2 200 euros et déclare ses revenus correspondant au service des impôts. Si le préfet fait valoir que le requérant s'est signalé, le 17 décembre 2023, pour des faits de conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas hui jours et rébellion, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été condamné pour ces faits et la seule interpellation du requérant, le 26 juillet 2024 pour des faits de conduite sans permis ne permet pas, à elle seule, de considérer que le comportement de celui-ci trouble l'ordre public. Enfin, si le requérant n'a pas engagé de démarches de régularisation de sa situation il fait valoir qu'il attendait pour cela de posséder suffisamment de fiches de paie à présenter à l'appui de sa demande de titre de séjour et de pouvoir justifier qu'il était en règle vis-à-vis de l'administration fiscale. Dans ces conditions, compte tenu notamment de l'insertion professionnelle du requérant, en l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences que celle-ci est susceptible d'avoir sur la situation du requérant. Dès lors, M. A C est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet l'a obligé à quitter sans délai le territoire français.

4. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et, par voie de conséquence, des décisions fixant son pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. Le présent jugement, qui annule la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A C à quitter sans délai le territoire français implique qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent, à savoir le préfet du Val-d'Oise, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de le munir, dans l'attente de ce réexamen et dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il y a lieu également d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de prendre dans un délai de deux mois toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A C dans le système d'information Schengen.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. A C et tendant à ce que le préfet produise l'entier dossier sur lequel le préfet a pris les décisions litigieuses.

Article 2 : L'arrêté du 26 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de M. A C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement. Il est également enjoint au préfet de prendre dans un délai de deux mois toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C, au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

L. Fabas

La greffière,

Signé

C. Phu

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°24108290

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