Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410846

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410846
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A, ressortissante mauricienne, qui demandait d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de statuer sur sa demande de titre de séjour « vie privée et familiale » et de lui délivrer un récépissé. Le juge a estimé que la demande faisait obstacle à l’exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l’administration pendant quatre mois, en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de justice administrative. La condition d’utilité prévue à l’article L. 521-3 n’étant pas remplie, l’ensemble des conclusions de la requérante ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Hervet, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au traitement de sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " déposée le 13 février 2024 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Hervet, avocat de Mme A, de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle est situation irrégulière en l'absence de délivrance d'un récépissé, ce qui affecte sa liberté de déplacement, sa vie privée et familiale ainsi que sa situation professionnelle ;

- la condition d'utilité des mesures sollicitées est remplie ; il est porté atteinte aux droits élémentaires dont elle dispose en qualité d'étrangère, le traitement dans un délai raisonnable de sa demande de titre de séjour ou la délivrance d'un récépissé lui permettra de travailler en France et de subvenir à ses besoins et à ceux de son fils ; elle bénéficie d'une promesse d'embauche avec la société Dragon Rouge à compter du 7 octobre 2024 ; il est porté atteinte à sa liberté d'aller et venir et au droit au respect de sa vie privée et familiale, la circonstance qu'elle soit en situation irrégulière ne lui permet pas de s'occuper sereinement de son fils ; il est porté atteinte à son droit au travail puisqu'en l'absence de titre de séjour, elle est privée d'un potentiel emploi ;

- les mesures sollicitées ne font pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme L'Hermine, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante mauricienne née le 1er août 1987, est entrée en France le 23 mars 2015, selon ses déclarations. Elle a été munie d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 9 mars 2016 au 8 mars 2017. Le 13 février 2024, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la même mention. Une attestation de dépôt lui a été délivrée. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de statuer sur sa demande de titre de séjour, déposée le 13 février 2024, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". L'article L. 522-3 du même code précise que : " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

4. Il résulte de l'instruction que la requérante a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", le 13 février 2024, et s'est vue remettre une attestation de dépôt. Eu égard aux dispositions des articles R. 431-1 et R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Val-d'Oise, doit être regardé comme ayant implicitement rejeté la demande présentée par Mme A à l'expiration d'un délai de quatre mois suivant sa présentation. Dans ces conditions, la requête de Mme A tendant à ce que le juge des référés enjoigne au préfet du Val-d'Oise de statuer sur sa demande de titre de séjour et de lui remettre un récépissé, fait obstacle à l'exécution de la décision de rejet née du silence gardé par le préfet sur sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, la condition posée à l'article L. 521-3 du code de justice administrative, tenant à ce que la mesure demandée ne fasse pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative, n'est pas remplie.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressé au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 2 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. L'Hermine

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24100632