Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410969
lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410969 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL LEHMANN & ALAIMO |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n° 2414811 du 26 juillet 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. E B, enregistrée le 6 juin 2024.
Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal de Cergy-Pontoise le 29 juillet 2024, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024, notifié à 21h49, par lequel le préfet de police a porté la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à 24 mois.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bocquet, conseillère, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
- le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée ;
- les observations de Me Lehmann, avocat commis d'office, représentant M. B, non présent, qui conclut aux mêmes fins et mêmes moyens et précise en outre qu'il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 17 janvier 1994, est entré sur le territoire français le 13 septembre 2021 selon ses déclarations. Par deux arrêtés du 7 mars 2023, le préfet de police de Paris, d'une part, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays d'éloignement, d'autre part, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 12 mois. Par un jugement n° 2303787, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B dirigée contre ces deux arrêtés. M. B a été interpellé le 2 juin 2024 par les forces de police pour des faits de transport, acquisition, détention, offre, cession et usage de produits stupéfiants. Par un arrêté du 5 juin 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de police a porté la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à 24 mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. A C, attaché d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers, dont les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui le fonde. Il est par suite suffisamment motivé.
4. Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; ()Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ". En outre, il résulte des dispositions de l'article L. 612-10 du même code que pour fixer la durée supplémentaire de cette interdiction de retour " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, de deux arrêtés du 7 mars 2023 du préfet de police de Paris lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français et fixant le pays d'éloignement, d'une part, lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de 12 mois d'autre part, décisions contestées en vain, devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, par un jugement n° 2303787 du 22 mai 2023. En outre, l'intéressé avait déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, par un arrêté du 17 mai 2018, à laquelle il s'était soustrait. Si l'intéressé indique être divorcé avec un enfant français à charge, il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par ailleurs, il ne démontre ni même n'allègue une quelconque insertion à la société française, notamment professionnelle. Au contraire, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé le 2 juin 2024 par les forces de police pour des faits de transport, acquisition, détention, offre, cession et usage de produits stupéfiants. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance qu'il n'ait jamais été condamné et qu'il soutient ne constituer aucune menace à l'ordre public, M. B, qui se prévaut d'une présence sur le territoire français depuis 2015 sans avoir cherché depuis lors à régulariser sa situation administrative et qui a fait l'objet de deux mesures d'éloignement auxquelles il se soustrait, ne démontre pas que le préfet de police aurait commis une erreur dans l'appréciation de sa situation au regard des articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
P. BocquetLa greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision