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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2410971

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410971

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n° 2415402 du 26 juillet 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A C, enregistrée le 12 juin 2024.

Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal de Cergy-Pontoise le 29 juillet 2024, M. C, représenté par Me Kone, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les arrêtés du 10 juin 2024 par lesquels le préfet de police de Paris, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et a fixé le pays d'éloignement, et d'autre part, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour d'un an ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'État, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, lui verser directement la somme.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés en France et qu'il est inséré à la société française ;

- elle est illégale dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bocquet, conseillère, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant ivoirien né le 16 octobre 1986, est entré sur le territoire français en 2018 selon ses déclarations. Il a été interpellé par les forces de police et a été placé en garde à vue le 10 juin 2024 pour des faits d'usage de faux documents administratifs constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation. Par un premier arrêté du 10 juin 2024, le préfet de police lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays d'éloignement. Par un second arrêté du même jour, le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 24 mois.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

4. Par arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de police du même jour, non communiqué par le préfet de police mais consultable en tant qu'acte réglementaire sur le site internet de la préfecture de police, le préfet a donné délégation à Mme D, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

6. D'une part, l'arrêté attaqué portant obligation de quitter sans délai le territoire français et fixant le pays d'éloignement vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et notamment l'article L. 612-2, L. 612-3 et L. 721-3 ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet, qui mentionne la situation personnelle et familiale de M. C, précise que ce dernier est dépourvu de document de voyage et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, que son comportement a été signalé par les services de police le 10 juin 2024 pour des faits d'usage de faux documents administratifs constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. D'autre part, l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les articles L. 612-6 et suivants, et mentionne la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Ainsi, les décisions contestées, qui font apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, ne sont pas entachées d'un défaut de motivation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. C soutient être entré en France en 2018, y résider depuis lors et y être inséré professionnellement. Toutefois, M. C ne peut justifier de son entrée régulière sur le territoire français, s'y maintient sans chercher à régulariser sa situation administrative. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, qu'il séjournerait sur le territoire français depuis cette date est insuffisante en soi pour établir l'existence d'une vie privée et familiale en France. En outre, le requérant, qui est célibataire et sans enfant à charge, ne démontre aucune insertion professionnelle à la société française, notamment professionnelle, les avis d'imposition produits par M. C au titre des années 2019 à 2022 ne mentionnent la perception d'aucun revenu. Les contrats conclus avec la société Essi Topaze, à durée déterminée et à temps partiel, dont le dernier expirait le 30 avril 2024 ainsi que les bulletins de paie produits sont également insuffisants pour l'établir. Au contraire, il ressort des pièces du dossier que le comportement de l'intéressé a été signalé par les services de police le 10 juin 2024 pour des faits d'usage de faux documents administratifs constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation. Ainsi, M. C, qui ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à soutenir que le préfet a porté atteinte à sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste qu'aurait commis le préfet dans l'appréciation de situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour (). ".

10. La décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fondée sur les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas dépourvue de base légale. Par ailleurs, M. C ne conteste pas sérieusement être entré irrégulièrement sur le territoire français, comme indiqué dans l'arrêté contesté, et ne justifie pas ni même n'allègue avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il se trouvait ainsi dans le cas où, en application du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police pouvait l'obliger à quitter le territoire français sans délai. Par suite, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ni d'une erreur de droit.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire n'étant pas illégales, l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevée à l'appui de conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écartée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 10 juin 2024 doivent être rejetées, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

P. BocquetLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision0

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