Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410981
vendredi 16 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410981 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | VRIONI |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 29 juillet et 13 août 2024, M. B C, représenté par Me Britz, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) à titre subsidiaire, de sursoir à statuer dans l'attente de l'audience pénale du 18 septembre 2024.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle dès lors qu'il est marié à une ressortissante française, qu'il travaille et qu'il a cherché à régulariser sa situation administrative ;
- sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est contraire à la directive retour n°2008/115/CE ;
- il ne présente pas un risque de fuite
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête de M. C.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabas ;
- et les observations de M. C qui fait valoir qu'il est désormais intégré sur le territoire français où il vit avec sa femme depuis plus de quatre ans ; qu'il a paniqué lors de son interpellation, le 23 juillet 2024, car la famille de la victime était présente sur le lieu de l'accident et voulait s'en prendre à lui ; qu'il a sollicité la délivrance d'une carte de résident " conjoint de français " et a rendez-vous à la préfecture en août 2024 pour y déposer son dossier ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien né le 17 avril 1970, serait entré sur le territoire français en 2020 muni d'un visa Schengen de court séjour. Il a été interpellé, le 23 juillet 2024, pour des faits de blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois par conducteur de véhicule terrestre à moteur commise avec au moins deux circonstances aggravantes. Par un arrêté du 24 juillet 2024, dont M. C demande au tribunal l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré régulièrement sur le territoire français au cours de l'année 2020 et s'est marié, le 25 juillet 2020, à une ressortissante française avec laquelle il établit que la communauté de vie n'avait pas cessé à la date de l'arrêté attaqué, soit depuis près de quatre ans. M. C établit par ailleurs qu'il a travaillé, en contrat à durée indéterminée, en qualité de mécanicien, entre le 20 octobre 2020 et le mois d'avril 2023, soit pendant plus de deux ans et demi et qu'il a déclaré les revenus qu'il a perçus à ce titre. Si, pour l'obliger à quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur la circonstance que son comportement représente une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que le requérant avait, à la date de l'arrêté attaqué, seulement fait l'objet d'une condamnation, le 13 juin 2014, par un arrêt de la cour d'assises de Paris à cinq ans d'emprisonnement assortie d'un sursis total pour des faits de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner commis dans la nuit du 27 au 28 juillet 1995. Si ces faits présentent un caractère de gravité certain, ils sont néanmoins isolés et antérieurs de près de vingt-ans à l'arrêté attaqué. Si le préfet s'est également fondé sur l'interpellation dont M. C a fait l'objet, le 23 juillet 2024, pour des faits de blessures involontaires ayant entraîné une incapacité inférieure à trois mois avec deux circonstances aggravantes, il est constant qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. C n'avait pas été condamné pour ces faits. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que des suites pénales auraient été données à l'autre fait auquel il est fait mention dans l'arrêté à savoir des faits de vol sans violence, le comportement de M. C ne représentait pas, à la date de l'arrêté attaqué, une menace pour l'ordre public. Dès lors, compte tenu de la situation familiale et professionnelle du requérant, en prenant à son encontre une décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur la situation du requérant et M. C est fondé, pour ce motif, à en demander l'annulation.
3. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, des décisions fixant son pays de destination et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les frais de l'instance :
4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a fait obligation à M. C de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 16 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
L. Fabas
La greffière,
Signé
Mme A
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2410981