Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411028

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411028
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant par ordonnance, a rejeté la requête de Mme A contestant le refus de la commission de médiation des Hauts-de-Seine de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande d’hébergement. La requérante invoquait notamment un défaut de motivation de la décision attaquée. Le juge a estimé que ce moyen était manifestement infondé, la décision comportant les éléments de fait et de droit nécessaires. En conséquence, la requête a été rejetée sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 juillet 2024, 15 septembre 2024 et 20 septembre 2024, ainsi que des pièces, enregistrées le 24 août 2024, Mme B A, représentée par Me Martin-Hamidi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 10 juillet 2024, par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement ;

3°) d'enjoindre à la commission de médiation de faire droit à son recours amiable ou, à défaut, de réexaminer sa situation sans délai ;

4°) de mettre à la charge de l'État au bénéfice de son conseil la somme de 1 300 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le 6 septembre 2024 le préfet des Hauts-de-Seine a produit la décision du 10 juillet 2024, par laquelle la commission de médiation a explicitement rejeté le recours amiable de Mme A.

Vu :

- la demande d'aide juridictionnelle déposée par Mme A le 31 juillet 2024 auprès du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise ;

- la décision par laquelle le président du tribunal administratif a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Et aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau () ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué "

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 31 juillet 2024 auprès du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". Aux termes du premier alinéa du III de l'article L. 441-2-3 du même code : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. () La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs pour lesquels doit être prévu un tel accueil et précise, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région ".

5. En premier lieu et contrairement à ce que soutient Mme A, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle comporte bien les éléments de fait et de droit permettant d'en comprendre le motif à sa seule lecture. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation est manifestement infondé.

6. En deuxième lieu, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a refusé de faire droit au recours amiable de Mme A au motif que ses démarches préalables en vue d'obtenir un hébergement étaient insuffisantes. Sans contester ce motif, la requérante se borne à confirmer qu'elle n'avait pas, à la date de la décision de la commission de médiation, déposé de demande auprès du service intégré d'accueil et d'orientation (SAIO) faute pour l'assistant social l'accompagnant d'avoir réussi à y procéder. En outre, si elle soutient qu'elle risque de se retrouver prochainement dépourvue de logement, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé du motif qui lui a été opposé. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation n'est donc assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien.

7. En dernier lieu, si Mme A soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen doit être également regardé comme assortis de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien dès lors que Mme A se borne à soutenir que la décision attaquée retarde son insertion dans un hébergement durable alors qu'il ressort des termes même de la décision attaquée que ce retard est directement causé par le fait que Mme A n'a pas accompli les démarches minimales permettant d'obtenir un hébergement.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'assortit sa requête que de moyens de légalité externe manifestement infondés, de moyens inopérants, de moyens manifestement dépourvus des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé ou qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetée, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés aux litiges en application des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Martin-Hamidi et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 24 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. Monteagle

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.