Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411039

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 23 juillet 2024 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence de l'auteur de l'acte et de méconnaissance de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, jugeant que la durée totale d'assignation (90 jours) restait inférieure au maximum légal de 135 jours. Il a également estimé que l'erreur matérielle dans l'arrêté sur le nombre de renouvellements possibles était sans incidence sur sa légalité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2024, M. D A, représenté par Me Biangouo - Ngniandzian Kanza, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente assignation à résidence pendant une durée de 90 jours et que le préfet a ainsi dépassé la durée autorisée par ces dispositions ;

- il porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de son enfant garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il ne présente pas de risque de fuite dès lors qu'il a respecté toutes les obligations imposées par la précédente mesure d'assignation à résidence prise à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, conseillère,

- les observations de Me Biangouo - Ngniandzian Kanza qui fait valoir que la mesure d'assignation à résidence n'est pas proportionnée dès lors qu'il a été assigné à résidence plus de quatre-vingt-dix jours sans fuir et que son client a continué à aller pointer bien au-delà de la première mesure d'assignation à résidence ce qui permet d'établir que celle-ci avait été prolongée.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Des pièces ont été enregistrées pour M. A le 16 août 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant ivoirien né le 22 août 1997, a fait l'objet, le 23 février 2024, d'un arrêté pris par le préfet des Hauts-de-Seine et portant obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 23 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme C E, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine qui a reçu, par un arrêté SGAD n° 2024-31 du 2 juillet 2024 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'État dans les Hauts-de-Seine le même jour, une délégation à cette fin, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B, directrice des migrations et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ;() ". Et, aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet, par un arrêté du 13 mars 2024, d'une première mesure portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois et dont il n'est pas établi qu'elle aurait été renouvelée avant l'arrêté attaqué du 23 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours. Dans ces conditions, M. A n'a été assigné à résidence, par les différents arrêtés, que pour une durée totale de quatre-vingt-dix jours sur les cent trente-cinq jours autorisés par les dispositions précitées de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'arrêté attaqué du 23 juillet 2024 mentionne, à tort, que cette durée de quarante-cinq jours est " renouvelable deux fois " alors que l'assignation à résidence prise à l'encontre de M. A ne pourra plus faire l'objet que d'un seul renouvellement, cette erreur est sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué qui a pour seul effet d'assigner M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. En effet, une prolongation de cette durée devra nécessairement faire l'objet d'une nouvelle décision administrative. Enfin, si le conseil de M. A a fait valoir, à la barre, que celui-ci a continué à aller pointer trois fois par semaine bien au-delà de la durée initiale des quarante-cinq jours prévue par la première mesure d'assignation à résidence, cette circonstance ne permet pas, à elle seule, d'établir que la première mesure d'assignation aurait été prolongée, en l'absence de toute décision en ce sens produite au dossier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 732-3 du même code ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, l'assignation à résidence d'un étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, n'est pas conditionnée à la circonstance que celui-ci présente un risque de fuite. M. A ne conteste pas qu'il a fait l'objet, le 23 février 2024, d'un arrêté portant obligation de quitter sans délai le territoire français. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine a pu décider, sur le fondement de cette obligation de quitter sans délai le territoire français, de l'assigner à résidence dès lors que son éloignement demeure une perspective raisonnable. La circonstance qu'il a respecté toutes les obligations imposées par la précédente mesure d'assignation à résidence prise à son encontre étant, à cet égard, sans incidence.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et, aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. M. A fait valoir qu'il est parent d'un enfant français et qu'il participe activement à la vie de celui-ci. Toutefois, d'une part, M. A n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations et n'établit pas la paternité donc il entend se prévaloir. D'autre part, il n'établit ni même n'allègue que les modalités de la décision portant assignation à résidence l'empêcheraient de s'occuper de son enfant. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné, le 21 septembre 2015 par le tribunal correctionnel de Nantes à quatre mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant dix-huit mois pour violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours sur sa compagne, le 15 juin 2016 par le tribunal correctionnel de Bobigny à quatre mois d'emprisonnement pour recel de bien provenant d'un vol, le 9 mars 2023 par le tribunal correctionnel de Créteil à huit mois d'emprisonnement pour rébellion et le 25 mars 2023 par le tribunal correctionnel de Créteil à huit mois d'emprisonnement pour violence sans incapacité sur sa compagne. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, qui a pour seul objet de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive aux buts en vue desquels cette décision a été prise ni qu'elle méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A et tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions formulées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

L. Fabas

La greffière,

Signé

C. Phu

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.