Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411085
mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2411085 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | VRIONI |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une pièce complémentaire enregistrés les 31 juillet et 12 août 2024, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les arrêtés du 30 juillet 2024 par lesquels le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français en fixant son pays de destination et en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a assigné à résidence, dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours.
Il soutient que :
- l'arrêté portant assignation à résidence méconnaît son droit d'aller et venir et son droit d'étudier dès lors qu'il ne réside pas dans le département du Val-d'Oise et qu'il est inscrit, pour la rentrée 2024, à l'Université de Saint-Quentin en Yvelines où il ne pourra se rendre en raison de l'obligation qui lui est faite de demeurer dans le département du Val-d'Oise ;
- son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'il a engagé des démarches pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour délivré par la préfecture du Val-de-Marne et dispose à ce titre d'une attestation d'enregistrement de sa demande de titre ;
- il ne représente pas un risque de fuite ;
- ces arrêtés sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'ils sont susceptible d'avoir sur sa situation et méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il souhaite poursuivre ses études sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, le préfet du Val-d'Oise, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code du justice administrative, les parties sont informées que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être substituées à celles, visées par l'arrêté attaqué, du 2° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont pas applicables à la situation de M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabas, conseillère ;
- les observations de Me Vrioni, avocate désignée d'office représentant M. A qui fait valoir que le préfet n'a pas examiné la situation personnelle de M. A dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire français, a sollicité un titre de séjour ce qui ne ressort absolument pas des mentions de l'arrêté attaqué et qu'il justifie de son inscription à l'Université de Saint-Quentin en Yvelines ; qu'il ne présente pas de risque de fuite.
Le préfet n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen né le 11 avril 1989 est entré sur le territoire français, pour la dernière fois, le 4 août 2019 selon ses déclarations. Le 30 juillet 2024, il a été interpellé pour des faits de conduite sans permis de conduire et détention de faux documents administratifs. Par des arrêtés du 30 juillet 2024, dont il demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français en fixant son pays de destination, en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier et des déclarations faites à la barre par le conseil de M. A que celui-ci est entré régulièrement sur le territoire français, le 4 août 2019, dès lors qu'il était alors titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 3 septembre 2023. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que M. A a sollicité, le 6 novembre 2023, le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ", celui-ci souhaitant poursuivre ses études à l'Université de Saint-Quentin Yvelines dans l'optique de se préparer à l'examen d'entrée au centre régional de formation à la profession d'avocat. Enfin, M. A a travaillé durant ses études comme cela ressort des avis d'imposition produit par le requérant. Dans ces conditions, il ne résulte pas des termes de l'arrêté attaqué, qui ne mentionne aucun de ces éléments et en particulier pas la circonstance que M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, que le préfet du Val-d'Oise aurait procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Dès lors, M. A est fondé, pour ce motif, à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et, par voie de conséquence, des décisions fixant son pays de destination, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et de l'arrêté portant assignation à résidence.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 30 juillet 2024 par lesquels le préfet du Val-d'Oise a obligé M. A à quitter sans délai le territoire français en fixant son pays de destination et en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a assigné à résidence, dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours sont annulés.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
L. Fabas
La greffière,
Signé
C. Phu
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.