Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411092

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411092
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de rejet du préfet des Hauts-de-Seine refusant la délivrance d’une carte de résident à M. A, réfugié statutaire. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas établie, faute pour le requérant de justifier de circonstances précises caractérisant une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle ou professionnelle, malgré l’expiration de son attestation de prolongation d’instruction. La requête a été rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d’injonction et au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Joory, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision de rejet implicite en date du 14 octobre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine par laquelle il a rejeté sa demande de carte de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer, dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, sa demande de titre de séjour au titre de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, assortie d'une autorisation de travail, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande de délivrance de titre de séjour, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'absence de sa carte de résident l'empêche de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français, l'empêche de travailler et d'avoir accès à ses droits et à des ressources stables ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que : elle est entachée d'une incompétence de son auteur ; elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est en droit d'obtenir un titre de séjour en qualité de réfugié.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Viain, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a obtenu l'octroi du statut de réfugié par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 25 mai 2023. Il s'est vu remettre, par les services du préfet des Hauts-de-Seine, des attestations de prolongation d'instruction valables du 14 juin 2023 au 13 décembre 2023 puis du 21 décembre 2023 au 20 juin 2024. Son dossier étant toujours en cours d'instruction M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident portant la mention " réfugié " ou, à défaut, d'achever l'instruction de sa demande de carte de résident portant la mention " réfugié " dans un délai de huit jours.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. Pour justifier de la situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, M. A soutient que son attestation de prolongation d'instruction a expiré le 20 juin 2024 et n'a pas été renouvelée sans qu'il ne se soit vu remettre la carte de résident à laquelle il a droit et que, de ce fait, il n'est plus en mesure de justifier de la régularité de son séjour en France, qu'il s'est vu refuser l'attribution d'un logement social en raison de l'absence de titre de séjour, qu'à défaut de disposer d'un tel titre, son contrat de travail risque d'être interrompu et que France Travail va le rayer de la liste des demandeurs d'emploi. Il fait valoir que l'inertie du préfet dans le traitement de sa demande, le place ainsi dans une grande précarité et porte atteinte à son exercice du droit d'asile, à sa liberté de travailler, à sa dignité, à son droit de mener une vie familiale normale et à sa liberté d'aller et venir. Toutefois, ces circonstances, pour regrettables qu'elles soient, qui ne sont pas assorties de précisions quant à la situation personnelle et familiale du requérant ou à ses conditions d'existence et alors qu'il ne justifie pas de la suspension prochaine de son contrat de travail pour un emploi d'agent d'entretien au sein de l'association Seine Ouest Insertion, qu'il n'établit pas être dépourvu de logement et qu'il est en mesure de justifier de son droit à résider sur le territoire français par la production de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, ne peuvent, en l'état, être regardées comme caractérisant une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 2 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. Viain

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.