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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2411118

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411118

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVRIONI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise rejette la requête de M. B, ressortissant pakistanais, qui contestait l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine ordonnant son transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal écarte le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, l'arrêté étant conforme à l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il estime également que M. B n'apporte pas la preuve de défaillances systémiques en Espagne au sens de l'article 3 du règlement et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. La solution retenue est donc le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2024, M. B, représenté par Me Vrioni, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme qu'il appartiendra au tribunal de fixer en équité sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé au regard des exigences résultant de l'article 3 de la loi du 11 juillet 1979 ;

- il remplit les conditions pour bénéficier de la protection subsidiaire au sens de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Zaccaron Guérin, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin,

- et les observations de Me Vrioni, avocate désigné d'office qui reprend et précise les conclusions et moyens du requérant et fait valoir que :

* l'intéressé est de nationalité pakistanaise ;

* sa demande d'asile en France est justifiée dès lors qu'il a fui l'Espagne pour venir en France lorsqu'il s'est aperçu que l'Espagne accueillait des personnes qui sont à l'origine de son départ de son pays d'origine ;

* l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 3 paragraphe 2 du règlement (UE) n°604/2013 susvisé ;

Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant pakistanais né le 1er janvier 1988 a introduit une demande d'asile en France. La consultation du système " Visabio " a révélé que ses empreintes avaient été préalablement enregistrées par les autorités espagnoles. La demande de prise en charge adressée aux autorités de ce pays, le 21 mai 2024, a été implicitement acceptée le 21 juillet 2024. Par un arrêté du 23 juillet 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son transfert aux autorités espagnoles.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 relatives à la motivation des actes administratifs ont été abrogées par une ordonnance du 23 octobre 2015. M. B ne peut dès lors utilement les invoquer pour soutenir que l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé. En tout état de cause, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. ". Or, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé pour estimer que l'examen de sa demande de protection internationale relevait de la responsabilité d'un autre Etat. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi, au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () ". Aux termes de l'articles 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

4. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

5. En l'espèce, le requérant se borne à soutenir qu'il " remplit les conditions pour bénéficier de la protection subsidiaire au sens de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", qu'il ne peut retourner en Espagne dès lors qu'il ne parle pas la langue espagnole, qu'il n'y a pas d'attache et qu'en outre, il risque de subir des traitement inhumain ou dégradant au sens des stipulations précitées en raison de la présence dans ce pays, des personnes qu'il a cherché à fuir lorsqu'il a quitté son pays d'origine. Toutefois, ses allégations particulièrement évasives sur les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Espagne, qui ne sont au demeurant assorties d'aucune pièce justificative, ne permettent pas d'établir qu'il existerait dans ce pays, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut de réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des défaillances revêtant un caractère systémique dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile ou qu'il aurait été ou serait exposé dans ce pays à un risque de traitement inhumain et dégradant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 paragraphe 2 du règlement (UE) n°604/2013 susvisé doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 23 juillet 2024.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Zaccaron Guérin La greffière,

Signé

Z.Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24111182

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