Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411181

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411181
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui demandait la suspension de l'arrêté d'expulsion pris à son encontre par le préfet des Hauts-de-Seine. Le juge a estimé que la condition d'urgence particulière exigée par cette procédure n'était pas remplie, faute pour le requérant de justifier de circonstances impérieuses nécessitant une intervention dans un délai de quarante-huit heures. En conséquence, la demande a été rejetée sans qu'il soit besoin d'examiner l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2024, M. A B, représenté par

Me Cheron, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 5 décembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine prononçant son expulsion du territoire français et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre immédiatement et au plus tard dans les quarante-huit heures du prononcé de la décision à intervenir, toutes mesures utiles afin de permettre son retour en France, aux frais de l'Etat, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour provisoire, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État, une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est isolé en Algérie, ne parle pas bien arabe, vit dans le rue et ne peut pas voir son enfant résidant en France ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors qu'il porte une atteinte à son droit à une vie privée et familiale et à sa liberté d'aller et venir ;

- il est signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les articles L. 631-1 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Viain, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 16 mars 1979, est entré en France régulièrement en 1983 et a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par la requête susvisée, M. B demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 5 décembre 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé son expulsion du territoire français.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes l'article L. 522-3 du code précité : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale.

4. Pour établir l'existence d'une urgence particulière caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, de la suspension de l'arrêté d'expulsion du 5 décembre 2023, M. B fait valoir qu'il est père d'un enfant français né le 30 mars 2010, qu'il a été éloigné du territoire français le 10 juillet 2024 à destination de l'Algérie, où il se trouve actuellement sans qu'il soit justifié de son isolement dans son pays d'origine, du fait qu'il dormirait dans la rue ou de la nécessité de son retour à bref délai en France. Dans ces circonstances, le requérant ne fait valoir aucune circonstance particulière justifiant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans le délai particulièrement bref qui caractérise la procédure prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy-Pontoise, le 2 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. Viain

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.