Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411214
mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2411214 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er août 2024, et trois mémoires complémentaires, enregistrés le 13 août 2024, M. A, représenté par Me Doucerain, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine, pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, en l'obligeant d'une part, à demeurer dans le lieu où sa résidence est fixée chaque vendredi de 19 heures à 20 heures et chaque samedi de 8 heures à 10 heures et d'autre part, à se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi, à l'exception des jours fériés, à 10 heures, au commissariat de police d'Asnières-sur-Seine et lui a interdit de sortir du département des Hauts-de-Seine sans autorisation ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui restituer son passeport ;
4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le mémoire en défense du préfet des Hauts-de-Seine ne comportant aucune justification de la compétence de son signataire doit être déclaré irrecevable ;
- la demande de renvoi à une formation collégiale de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour qui lui a été opposé doit être rejetée en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version résultant de la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle au regard des stipulations de l'accord franco-tunisien ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance du 3 ° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- le préfet n'a pas examiné l'existence de considérations humanitaires, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est illégale dans la mesure où l'arrêté mentionne à tort, qu'il est de nationalité marocaine de sorte que cette décision, qui précise qu'en cas d'inexécution de la mesure d'éloignement, il sera renvoyé dans le pays dont il a la nationalité, aura pour effet de le renvoyer au Maroc alors qu'il est tunisien.
En ce qui concerne l'interdiction de retour en France d'une durée d'un an :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des exigences résultants des articles
L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est illégale dès lors qu'il n'a pas été informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément aux articles 10 et 11 de la directive 95/46/CE relative à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation des données ;
- le préfet a considéré à tort qu'il était de nationalité marocaine ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des exigences résultant des articles
L. 732-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.
Il fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être renvoyées à une formation collégiale, aucune disposition législative ou réglementaire ne permettant au juge administratif de statuer seul sur ces conclusions ;
- les conclusions tendant à l'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont irrecevables, ce signalement ne constituant pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Zaccaron Guérin, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zaccaron Guérin,
- et les observations de Me Watat, substituant Me Doucerain, représentant M. A, qui reprend et précise les conclusions et moyens du requérant.
Le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 24 octobre 1984, demande au tribunal l'annulation des arrêtés en date des 24 mai 2024 et 6 juin 2024 par lesquels le préfet des Hauts-de-Seine a d'une part, refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an et d'autre part, l'a assigné à résidence pour une période de 45 jours renouvelable deux fois.
Sur la recevabilité des écritures de la préfecture du Val-d'Oise en défense :
2. Le mémoire en défense du préfet du Val-d'Oise a été signé par Mme D C, cheffe de la section contentieux/refus à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficier en vertu du point 3 de l'article 1er et de l'article 4 de l'arrêté n°24-045 du préfet du Val-d'Oise du 23 juillet 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat, d'une délégation à l'effet de signer notamment " toutes correspondances ou documents administratifs relevant de leur compétence, dont la signature ou le visa ne présente pas de caractère décisionnel et ne comporte pas l'exercice du pouvoir réglementaire ", y compris, " les mémoires en défense pour les matières relevant de la compétence de la direction, et si nécessaire, tout appel à l'encontre des décisions prises par le juge compétent ". Par suite, le mémoire en défense transmis par le préfet du Val-d'Oise dans le cadre de la présente instance, a bien été signé par une autorité compétente et est par suite, recevable. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le requérant et tiré de l'irrecevabilité du mémoire en défense du préfet du Val-d'Oise doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code en vigueur à la date des décisions en litige.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative alors en vigueur : " Lorsque l'étranger est () assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire (), la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le
territoire ".
5. En application des dispositions précitées, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et assignant le requérant à résidence. La formation collégiale du tribunal reste cependant saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour et des conclusions accessoires à celle-ci. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. A.
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour en France pour une durée d'un an :
6. L'arrêté attaqué a été signé par M. Pascal Gauci, secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°2024-21 du 19 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet des Hauts-de-Seine à l'effet de signer tous arrêtés, actes, décisions, relevant des attributions de l'Etat dans le département des Hauts-de-Seine au nombre desquelles figurent notamment les décisions contestées portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour en France. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées, manque en fait et doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la décision attaquée : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. "
8. Ces dispositions portent sur l'exigence de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français édictée, comme la décision litigieuse, à compter du 28 janvier 2024. Elles fixent ainsi, les exigences formelles auxquelles sont soumises de telles décisions. En l'espèce, la décision litigieuse, est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait dès lors pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Ainsi, eu égard à ce qui a été énoncé aux points 3 à 5 du présent jugement, le moyen tiré de l'absence d'examen des considérations humanitaires visées à l'article L. 613-1 précité ne peut qu'être écarté.
9. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, ce moyen doit également être écarté.
10. En troisième lieu, les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien susvisé, qui ont trait aux conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour d'une durée de dix ans ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle au conjoint tunisien d'un ressortissant français ne sont opérantes qu'à l'encontre d'une décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement contestée méconnaît ces stipulations est inopérant et doit dès lors être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () "
12. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. A s'est vu refusé la délivrance du titre de séjour qu'il avait sollicité le 10 juin 2022. Il s'ensuit que le préfet des Hauts-de-Seine pouvait, pour ce seul motif, obliger M. A à quitter le territoire français, sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
13. En cinquième lieu, les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne sont opérantes qu'à l'encontre d'une décision de refus de délivrance ou de renouvellement des cartes de séjour qu'elles visent. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision litigieuse portant obligation de quitter le territoire français.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
15. En l'espèce, au soutien du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 précité, le requérant se borne à soutenir que la décision attaquée " viole de manière manifeste les stipulations de l'article 8 de la CEDH " et que cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale dans la mesure où son exécution conduira à un éclatement de sa " cellule familiale ". Toutefois, M. A affirme sans être contredit par le préfet des Hauts-de-Seine et les pièces du dossier, qu'il s'occupe de son fils, de nationalité française, dont il est le seul parent depuis le décès de sa mère le 10 décembre 2022. Il ressort également des pièces produites par le requérant que cet enfant, de nationalité française est né le 14 avril 2020 et qu'à la date de la décision attaquée, il était âgé de 4 ans. Dans les circonstances particulières de l'espèce, alors que M. A ne fait état d'aucune circonstance particulière susceptible de faire obstacle à ce que la cellule familiale qu'il dit désormais constituer avec son fils mineur, se reconstruise en Tunisie, et alors que par ailleurs, il ne justifie pas, contrairement à ce qu'il a affirmé au cours de l'audience publique, prendre en charge sa belle-fille à l'égard de qui il a au demeurant été condamné pour les faits de violence décrit au point 23 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant la mesure d'éloignement attaquée, le préfet des Hauts-de-Seine a porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, ce moyen doit être écarté.
16. En septième lieu, l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "
17. Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
18. Eu égard à tout ce qui a été énoncé précédemment, au très jeune âge du fils du requérant et dès lors que M. A ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce qu'il puisse retourner en Tunisie, accompagné de son fils de nationalité française qui, contrairement à ce que le requérant allègue, y sera légalement admissible compte tenu notamment de sa minorité, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
19. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été énoncé précédemment, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment, qu'aucun des moyens soulevés par M. A à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
21. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () "
22. En l'espèce, il ressort des termes de la décision contestée que pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire, le préfet s'est fondé sur la circonstance que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. En effet, ainsi que le révèle tant les termes de la décision attaquée que les pièces du dossier, M. A a été condamné le 30 septembre 2020 par le tribunal correctionnel de Nanterre à 6 mois d'emprisonnement pour menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et le 20 janvier 2023 par le tribunal correctionnel de Nanterre à 1 an et 6 mois d'emprisonnement dont 1 an avec sursis probatoire pendant 2 ans pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, violence sans incapacité sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime, violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet. Dans ces circonstances, eu égard à la gravité des faits pour lesquels M. A a été condamné à deux reprises et au caractère très récent de sa dernière condamnation, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en considérant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public et en refusant, pour ce motif, de lui octroyer un délai de départ volontaire, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
23. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué fait état, dans sa présentation liminaire, de la nationalité " marocaine " du requérant et non " tunisienne ". Toutefois, cette circonstance relève d'une simple erreur de plume et demeure sans incidence sur la légalité de l'article 2 de cet arrêté dès lors que la décision fixe comme pays de destination, le pays dont il a la nationalité, soit la Tunisie en l'espèce, ou celui dans lequel il établirait être légalement admissible. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant son pays de destination aura pour effet de le renvoyer au Maroc, pays dont il n'a pas la nationalité et où il n'est pas légalement admissible. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour en France d'une durée d'un an :
24. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment, qu'aucun des moyens soulevés par M. A à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que l'interdiction de retour en France prononcée à son encontre pour une durée d'un an doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
26. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
27. Premièrement, il ressort des termes de la décision attaquée qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 27 du présent jugement, que le préfet des Hauts-de-Seine a pris en compte, au vue de la situation de M. A, l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, en relevant notamment que l'intéressé était veuf d'une ressortissante française et père d'un enfant français né le 14 avril 2020, qu'il ne fournissait aucune preuve probante d'une insertion professionnelle et qu'il avait été condamné le 30 septembre 2020 par le tribunal correctionnel de Nanterre à 6 mois d'emprisonnement pour menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et le 20 janvier 2023 par le tribunal correctionnel de Nanterre à 1 an et 6 mois d'emprisonnement dont 1 an avec sursis probatoire pendant 2 ans pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, violence sans incapacité sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime, violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet. Ainsi, et nonobstant la circonstance que cette décision fait état, par erreur, de la nationalité " marocaine " de M. A et non " tunisienne ", elle est suffisamment motivée au regard des exigences résultant de l'article
L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
28. Secondairement, eu égard à ce qui vient d'être énoncé, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
29. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".
30. La circonstance que M. A n'aurait pas été destinataire de l'information prévue par l'article 42 du règlement n° 1987/2006, conformément aux exigences de la directive 95/46/CE relative à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, alors au demeurant qu'il a été informé, aux termes de l'article 6 de l'arrêté attaqué, qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, est sans incidence sur la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.
31. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 18 points du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
32. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme B F, adjointe à la cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement qui bénéficiait, par arrêté SGAD n°2024-27 du 7 mai 2024, d'une délégation du préfet à l'effet de signer notamment les décisions d'assignation à résidence. Si le requérant fait valoir que certaines mentions contenues dans la décision attaquée ont été modifiées de manière manuscrite sans que ne soit justifiée de la compétence de l'autorité ayant effectué ces modifications, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, que cette autorité n'était pas Mme F et ne conteste pas avoir été à l'initiative de ces modifications, ainsi que le fait valoir le préfet des Hauts-de-Seine dans son mémoire en défense. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit dès lors être écarté.
33. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. " En outre, l'article R. 733-1 de ce même code dispose : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé pà circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés et chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. "
34. En l'espèce, la décision attaquée mentionne l'ensemble des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement et précise, en particulier, les modalités d'application de cette mesure, conformément aux dispositions qui viennent d'être rappelées au point précédent du présent jugement.
35. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 15 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
36. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 18 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
37. En dernier lieu, eu égard à tout ce qui a été énoncé précédemment, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
38. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de retour, interdiction de retour en France d'une durée d'un an et assignation à résidence doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête n°2411214 de M. A tendant à l'annulation de la décision du 24 mai 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que celles tendant à ce qu'il soit enjoint sous astreinte, au préfet des Hauts-de-Seine, de lui délivrer une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.
Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. Zaccaron Guérin La greffière,
Signé
Z.Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24112142