Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411243
vendredi 16 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2411243 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2024, M. B A, représenté par Me Chayé, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le convoquer en préfecture, par courrier ou courriel, afin de lui remettre un document attestant de la régularité de son séjour sur le territoire français, sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou de lui donner à nouveau accès à son dossier sur la plateforme " démarches-simplifiées ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Chayé, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée, dès lors qu'il est maintenu dans une situation précaire anormalement longue, ce qui traduit un dysfonctionnement du service public et porte atteinte à sa vie privée et familiale ainsi qu'à sa dignité ;
- la mesure sollicitée est utile, dès lors que les dysfonctionnements dus à la dématérialisation l'empêchent d'accéder à son dossier sur la plateforme " démarches-simplifiées " et d'échanger avec la préfecture ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative, dès lors que la préfecture l'a informé que sa demande de titre de séjour était en cours d'instruction, ce qui implique qu'aucune décision implicite de rejet ne peut être née.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 9 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer.
Il faut valoir que le requérant est convoqué en préfecture le 10 septembre 2024.
Par un mémoire complémentaire enregistré le 13 août 2024, M. A conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Il soutient en outre que, compte tenu des circonstances de l'espèce, il entend maintenir ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant bangladais né le 2 février 1974, soutient avoir renoncé à son statut de réfugié en 2020 puis sollicité un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. N'ayant pu honorer sa convocation devant les services de la préfecture des Hauts-de-Seine, son dossier aurait disparu de la plateforme " démarches-simplifiées ". M. A a alors déposé une nouvelle demande de titre de séjour, qui a été clôturée au motif que son premier dossier était toujours en cours d'instruction. Toutefois, n'ayant plus à accès à son dossier initial, et ne pouvant échanger avec la préfecture des Hauts-de-Seine, dont il ne reçoit plus les convocations, M. A demande qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de le convoquer afin de lui remettre un document attestant de la régularité de son séjour et de lui donner à nouveau accès à son dossier sur la plateforme " démarches-simplifiées ".
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Il résulte de l'instruction le requérant est convoqué en préfecture le 10 septembre 2024 à 13h00 pour la biométrie. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction de M. A sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les frais liés à l'instance et la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
4. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique () ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection./ L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président ou par le président de la commission mentionnée à l'article L. 432-13 ou à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué.".
5. En l'espèce, au vu de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
6. M. A a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, sous réserve que M. A soit admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Chayé,
son avocate, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 500 euros à verser
à Me Chayé.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
Article 3 : L'Etat versera, en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 500 (cinq cents) euros à Me Chayé, sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que
Me Chayé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 16 août 2024.
La juge des référés,
Signé
H. Lepetit-Collin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2411243