Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411261
mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2411261 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2024, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Il soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne désignant pas la France comme responsable de l'examen de sa demande d'asile par application de la clause discrétionnaire dès lors que sa famille se trouve en France et qu'il craint pour sa santé et pour sa sécurité en Espagne où la prise en charge des demandeurs d'asile est défaillante.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Fabas, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Fabas, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1988, a déposé une demande d'asile en France le 23 mai 2024. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que ses empreintes avaient préalablement été relevées par les autorités espagnoles. La demande de prise en charge adressée aux autorités espagnoles le 27 mai 2024 a été acceptée implicitement par celles-ci le 28 juillet 2024. Par un arrêté du 30 juillet 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Le préambule dudit règlement énonce, d'une part, dans son paragraphe (14) que " conformément à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, le respect de la vie familiale devrait être une considération primordiale pour les Etats membres lors de l'application du présent règlement ", d'autre part, dans son paragraphe (16) que, " afin de garantir le plein respect du principe de l'unité de la famille et dans l'intérêt supérieur de l'enfant, l'existence d'un lien de dépendance entre un demandeur et son enfant, son frère ou sa sœur ou son père ou sa mère, du fait de la grossesse ou de la maternité, de l'état de santé ou du grand âge du demandeur, devrait devenir un critère obligatoire de responsabilité. () ", et, enfin, dans son paragraphe (17) que, " il importe que tout État membre puisse déroger aux critères de responsabilité, notamment pour des motifs humanitaires et de compassion, afin de permettre le rapprochement de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent et examiner une demande de protection internationale introduite sur son territoire ou sur le territoire d'un autre État membre, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères obligatoires fixés dans le présent règlement. ". La faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
3. M. B sollicite que sa demande d'asile soit instruite en France dans la mesure où il sera isolé en Espagne alors que sa famille réside sur le territoire français. Toutefois, d'une part, le requérant est âgé de 35 ans et s'il fait valoir que plusieurs membres de sa famille sont présents en France, d'une part, il ne l'établit pas et d'autre part il ne précise pas lesquels de sorte qu'il n'établit pas qu'ils figureraient parmi les membres de la famille définis à l'article 2 g) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 alors qu'il ressort des mentions de l'entretien individuel que seul son oncle réside sur le territoire français. En outre, si le requérant fait valoir qu'il craint pour sa sécurité et pour sa santé en cas de retour en Espagne, il n'établit pas que les autorités espagnoles lui auraient pas accordé le bénéfice de conditions matérielles d'accueil dignes à la suite du dépôt de sa demande d'asile dans ce pays. De même, le requérant n'apporte aucun élément susceptible de laisser penser que sa demande pourrait ne pas être traitée par les autorités espagnoles dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que l'Espagne est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement précité. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de son transfert aux autorités espagnoles ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
L. FABAS La greffière,
Signé
C. PHU
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.