Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411268

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A pour demander la suspension de la décision du 5 juin 2024 du directeur académique des Hauts-de-Seine refusant l'affectation de son fils au collège "Les Renardières" et l'orientant vers le collège Georges Seurat. La condition d'urgence a été reconnue compte tenu de la proximité de la rentrée scolaire et des difficultés organisationnelles invoquées. Le tribunal a écarté l'exception de non-lieu soulevée par le rectorat, estimant que l'affectation au collège souhaité n'était pas établie de manière suffisamment explicite. La solution retenue par le juge des référés n'est pas précisée dans l'extrait, mais l'analyse porte sur les conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et les dispositions du code de l'éducation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2024, Mme B A, représentée par Me Pouillaude, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision en date du 5 juin 2024 par laquelle le directeur académique des services de l'Education nationale des Hauts-de-Seine a rejeté la demande d'affectation de son fils D C au collège " Les Renardières " de Courbevoie (92) en classe de 6ème pour l'année scolaire 2024/2025 et a décidé de son affectation au collège Georges Seurat situé dans cette même commune, ensemble le refus implicite du Directeur de l'académie de faire droit à son recours gracieux en date du 9 juillet 2024 ;

2°) d'enjoindre au directeur académique des services de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification l'ordonnance à intervenir, de réexaminer sa demande et de faire droit à sa demande dérogation à la carte scolaire pour son fils D C ;

3°) de mettre à la charge de de la direction académique des services de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

1/ la condition d'urgence est remplie, dès lors, que :

- la rentrée scolaire est imminente ;

- elle va rencontrer une problématique organisationnelle importante ;

2/ les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- la décision en litige créera une problématique organisationnelle importante ;

- la décision en litige est entachée d'erreur de fait ;

- la décision en litige est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2024, le rectorat de l'académie de Versailles conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que la Direction des services départementaux de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine (DSDEN) a indiqué par courriel que l'enfant D C sera affecté au collège " Les Renardières " pour la rentrée 2024-2025.

Vu :

- la requête n° 2411575, enregistrée le 2 août 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 12 août 2024.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Lepetit-Collin, juge des référés,

- les observations de Me Bourgouin-Verdier substituant Me Pouillaude, représentant Mme A qui maintient ses conclusions,

- le rectorat de l'académie de Versailles n'étant pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision en date du 5 juin 2024 par laquelle le directeur académique des services de l'Education Nationale des Hauts-de-Seine a rejeté la demande d'affectation de son fils D C au collège " Les Renardières " en classe de 6ème pour l'année scolaire 2024/2025 et a décidé de son affectation au Collège Georges Seurat, 75 rue des Fauvelles, situé dans cette même commune, ensemble le refus implicite du directeur de l'académie de faire droit à son recours gracieux en date du 9 juillet 2024.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, il a été fait droit à la demande d'affectation présentée par Mme A, les pièces présentées par le rectorat de l'académie Versailles ne défense n'étant pas suffisamment explicites. Le présent litige doit donc être regardé comme conservant un objet. L'exception de non-lieu opposée par le rectorat de l'académie de Versailles doit, par suite, être écartée.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Et aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et à la date à laquelle le juge des référés est appelé à se prononcer.

S'agissant de la condition d'urgence :

5. Eu égard à la proximité de la rentrée scolaire fixée au 2 septembre 2024 et aux difficultés organisationnelles auxquelles la requérante détaille être exposée en raison de sa situation de mère célibataire de trois jeunes enfants, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

S'agissant des moyens de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision :

6. Aux termes de l'article D. 211-10 du code de l'éducation : " Le territoire de chaque académie est divisé en secteurs et en districts. / Les secteurs de recrutement correspondent aux zones de desserte des collèges. Un secteur comporte un seul collège public, sauf exception due aux conditions géographiques. () ". Aux termes de l'article D. 211-11 de ce code : " Les collèges et les lycées accueillent les élèves résidant dans leur zone de desserte, sous réserve du respect des règles relatives à la procédure d'affectation. / Le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, détermine pour chaque rentrée scolaire l'effectif maximum d'élèves pouvant être accueillis dans chaque établissement en fonction des installations et des moyens dont il dispose. / Dans la limite des places restant disponibles après l'inscription des élèves résidant dans la zone normale de desserte d'un établissement, des élèves ne résidant pas dans cette zone peuvent y être inscrits sur l'autorisation du directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, dont relève cet établissement. / Lorsque les demandes de dérogation excèdent les possibilités d'accueil, l'ordre de priorité de celles-ci est arrêté par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, conformément aux procédures d'affectation en vigueur. / Toute dérogation concernant un élève résidant dans un département autre que celui où se trouve l'établissement sollicité ne peut être accordée qu'après avis favorable du directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie du département de résidence. / La demande de dérogation est réputée acceptée si aucune réponse n'a été donnée à l'intéressé à l'expiration du délai de trois mois mentionné en annexe du décret n° 2014-1275 du 23 octobre 2014 relatif aux exceptions à l'application du délai de deux mois de naissance des décisions implicites d'acceptation prévu aux articles L. 231-5 et L. 231-6 du code des relations entre le public et l'administration. Le délai court à compter de la date de dépôt de la demande dans le respect d'un calendrier fixé par le recteur d'académie ou le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie.".

7. Il résulte de l'instruction que Mme A a déposé une demande de dérogation au bénéfice de son fils D, pour que ce dernier soit scolarisé en classe de sixième au collège " Les Renardières " où est déjà inscrit son frère aîné Ayman. Si l'administration a, par la décision attaquée, décidé d'affecter l'enfant D C au collège Georges Seurat situé dans la même commune au motif de l'absence de capacité d'affectation du collège demandé, il résulte de l'instruction que la principale de ce collège, dans le cadre des échanges qu'elle a pu avoir avec la requérante, a indiqué que le collège était en capacité d'accueillir son fils ce dont semble convenir le rectorat qui indique, dans son mémoire en défense, que l'enfant D C sera affecté au collège " Les Renardières " pour la rentrée 2024-2025. Par suite, le moyen de l'erreur de fait dont est entachée la décision attaquée est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité du présent refus de dérogation à la carte scolaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard à ses motifs et aux circonstances sus-rappelées, le juge des référés statuant en outre par des mesures provisoires, la suspension prononcée par la présente ordonnance implique que le recteur de l'académie de Versailles procède, si cela n'a pas été déjà fait, à l'affectation de l'enfant D C en classe de sixième au collège " Les Renardières " dans la commune de Courbevoie, à titre provisoire et jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la légalité des décisions litigieuses, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A de la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision en date du 5 juin 2024 par laquelle le directeur académique des services de l'Education nationale des Hauts-de-Seine a rejeté la demande d'affectation de l'enfant D C au collège " Les Renardières " de Courbevoie (92) en classe de sixième pour l'année scolaire 2024/2025 et a décidé de son affectation au collège Georges Seurat situé dans cette même commune, ensemble le refus implicite du directeur de l'académie de faire droit au recours gracieux introduit contre cette décision, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Versailles de procéder, si cela n'a pas été déjà fait, à l'affectation de l'enfant D C en classe de sixième au collège " Les Renardières " dans la commune de Courbevoie, à titre provisoire et jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la légalité des décisions litigieuses, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A, la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre l'éducation et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.

Fait, à Cergy, le 19 août 2024.

Le juge des référés,

signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.