Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411295

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411295
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantJAHJAH-OUEIS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B A C, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté du préfet de police de Paris lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le requérant invoquait notamment une méconnaissance de l'accord franco-algérien de 1968 et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a estimé que le moyen tiré de l'accord franco-algérien était insuffisamment précisé et que l'arrêté ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, faute d'éléments probants sur ses attaches en France. La décision a donc été confirmée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n° 2418726/12/3 du 30 juillet 2024 le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. B A C, enregistrée le 9 juillet 2024.

Par cette requête M. B A C, représenté par Me Jahjah-Oueis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de Police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de délivrer un récépissé provisoire lui permettant de circuler sur le territoire français et d'exercer une activité professionnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du préfet de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il est entaché d'un défaut d'examen, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession. Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 septembre 2024 :

- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C, ressortissant algérien né le 31 octobre 1994, déclare être entré en France le 25 avril 2023, et ne justifie d'aucun élément attestant de la régularité de son entrée sur le territoire national. Il ne fait état d'aucune démarche de régularisation. Par un arrêté du 26 juin 2024, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si M. A C soutient que la décision méconnaît les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 il n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre sa décision, procédé à un examen sérieux et complet de la situation personnelle de l'intéressé au regard des éléments portés à sa connaissance. En outre, si le préfet de police a relevé que M. A C est " dépourvu de document de voyage (passeport) et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français ", il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est titulaire d'un passeport algérien valable du 4 mars 2022 au 3 mars 2032. Toutefois, la seule circonstance que le requérant soit titulaire de ce document de voyage, sans établir qu'il serait revêtu d'un visa d'entrée en France, ne permet pas de justifier de son entrée régulière sur le territoire français, ce motif justifiant à lui seul la décision d'éloignement du territoire prise par le préfet. En conséquence, la seule mention erronée du défaut de possession d'un document de voyage n'a pas eu d'incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, M. A C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, dès lors que ces dispositions sont abrogées depuis le 1er mai 2021.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce, M. A C soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Toutefois, M. A C ne produit aucun élément probant à l'appui de ses allégations relatives à sa vie privée et familiale. Si le requérant se prévaut de la présence en France de ses deux sœurs, dont l'une au moins est titulaire d'un titre de séjour, il est constant qu'il est célibataire, sans charge de famille et ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales en Algérie. En outre, le requérant n'établit pas davantage l'insertion professionnelle dont il entend se prévaloir par la production d'une demande d'autorisation de travail, postérieure à l'arrêté en litige. Ainsi, au regard des circonstances de l'espèce, le préfet de police n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'évoqués au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 1er octobre 2024

Le magistrat désigné,

signé

F. Beaufaÿs Le greffier,

signé

M. D La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°24112950