Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411305

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantRIQUIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du président de l'université Paris-Nanterre refusant l'admission de M. A en master "Droit des affaires". Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant n'établissant pas que la décision contestée portait une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, notamment en l'absence de preuve de candidatures à d'autres masters. La requête a donc été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens soulevés, et les conclusions relatives aux frais de justice ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 2, 18 et 19 août 2024, M. B A, représenté par Me Verdier, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 4 juin 2024 par laquelle le président de l'université Paris - Nanterre a refusé son admission en première année de master " Droit des affaires ", parcours " droit fondamental de l'entreprise ", pour l'année scolaire 2024-2025 ;

3°) d'enjoindre au président de l'université Paris-Nanterre de l'inscrire au sein du master " Droit des affaires ", parcours " droit fondamental de l'entreprise ", pour l'année universitaire 2024-2025, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'université la somme de 2 000 euros à verser à Me Verdier, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la rentrée universitaire est imminente ; qu'il a candidaté à d'autres master comparables sur l'ensemble du territoire et qu'il est dans l'attente de résultats, que la décision contestée le prive de la possibilité de poursuivre ses études au début d'une nouvelle année universitaire ; qu'en outre, elle fait obstacle à son projet professionnel ;

- plusieurs moyens sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'un défaut de base légale, la délibération du conseil d'administration fixant les modalités de la sélection en master n'ayant pas été transmise au rectorat et n'a pas fait l'objet d'une publicité suffisante ;

* elle est entachée d'une erreur de droit, en ce que l'auteur de la décision, s'estimant en situation de compétence liée, a renoncé à son pouvoir d'appréciation.

Par un mémoire en défense, le président de l'université de Paris - Nanterre, représenté par Me Riquier, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de

M. A la somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et que la décision de non-admission est légale.

Vu :

- la requête n°2411200, enregistrée le 23 juillet 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2023-113 du 20 février 2023 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Edert, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 19 août 2024 à 14 heures, en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Edert, juge des référés ;

- les observations de Me Chevreul, pour le cabinet Publica avocats-AARPI représentant l'université Paris - Nanterre, qui indique en outre que le requérant n'établit pas par la seule production de captures d'écran qu'il aurait candidaté à d'autres masters.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, titulaire d'un diplôme national de licence, a candidaté en première année de master " Droit des affaires ", parcours " droit fondamental de l'entreprise " à l'université Paris- Nanterre pour l'année 2024-2025. Par une décision du 4 juin 2024, le président de l'université a rejeté sa candidature. Par la présente requête, M. B A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 4 juin 2024.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre la décision portant refus d'admission en première année de master mention " droit des affaires parcours droit fondamental de l'entreprise ", le requérant fait valoir qu'il a candidaté en vain dans plusieurs formations comparables sur l'ensemble du territoire national, qu'il est placé dans l'attente du résultat de son admission à certaines formations, qu'il doit attendre leur issue pour savoir quoi faire, qu'il est empêché de réaliser son projet professionnel et qu'il ne pourra bénéficier d'une décision au fond utile avant des mois. Il invoque en outre la proximité de la rentrée scolaire. Toutefois, les circonstances invoquées sont insuffisantes à établir l'impossibilité que le requérant aurait à poursuivre ses études de master, et à poursuivre son objectif professionnel alors qu'il indique lui-même être sur liste d'attente dans certaines formations et que la phase de gestion des désistements des candidats admis se clôturera le 15 septembre 2024. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas que la décision dont il demande la suspension porte une atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une urgence, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de cette décision soit suspendue. Par suite, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris les conclusions tendant à lui octroyer à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme que l'université Paris-Nanterre demande au titre des frais qu'elle a exposé et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de l'université Paris Nanterre tendant à l'application de l'article L. 761-1 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à l'université Paris-Nanterre et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Fait à Cergy, le 20 août 2024.

La juge des référés,

Signé

S. Edert

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2411305