Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411307
lundi 5 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2411307 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 2 août 2024 sous le numéro 2411307, l'association Ecole de glace de la patinoire de Boulogne, représentée par son président, et l'association Paris Boulogne Olympique Club, représentée par Me Gomez-Bourrillon, demandent au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution des délibérations n°5 et n°6 du conseil municipal du 6 juin 2024 de la commune de Boulogne-Billancourt ;
2°) de prendre dans un délai maximum de dix jours suivant notification de l'ordonnance à intervenir, toutes mesures de nature à assurer l'exécution de cette suspension, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Boulogne Billancourt une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les associations requérantes soutiennent que :
- l'urgence est caractérisée, dès lors que la commune n'a pas ordonné l'exécution des travaux de réhabilitation de la patinoire de Boulogne-Billancourt tels que prévus par des délibérations n°11, n°19 et n°20 du 1er décembre 2022 et n°12 du 30 mars 2023 ; l'absence de réalisation des travaux de réparation du système-froid de la patinoire municipale va entrainer de facto sa fermeture, et en conséquence, les requérantes, leurs adhérents, les associations sportives utilisatrices de la patinoire, leurs professeurs de patinage, les très nombreux patineurs " loisir " qui fréquentent les séances publiques, les enfants des écoles, et les commerçants environnants vont subir un très fort préjudice ;
- les moyens suivants sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité des délibérations contestées :
- ces délibérations sont entachées d'une défaut d'information préalable des membres du conseil municipal ;
- la délibération n°6 n'a pas été précédée de la consultation de la commission consultative des services publics locaux ;
- la délibération n°6 méconnait les articles L. 3135-1, L. 3135-2, R. 3135-7 et R. 3135-8 du code de la commande publique ;
- la délibération n°5 est entachée d'erreur de fait ;
- les délibérations n°5 et 6 sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
II. Par une requête, enregistrée le 2 août 2024 sous le numéro 2411308, l'association Ecole de glace de la patinoire de Boulogne, représentée par son président, et l'association Paris Boulogne Olympique Club, représentée par Me Gomez-Bourrillon, demandent au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) ordonner à la commune de Boulogne-Billancourt qu'elle procède sans délai à l'exécution des travaux de remplacement des aérocondenseurs de la patinoire municipale de Boulogne-Billancourt, en exécution des délibérations n°11, n°19 et n°20 du 1er décembre 2022 et n°12 du 30 mars 2023 ;
2°) d'ordonner à la commune de Boulogne-Billancourt qu'elle procède à l'ouverture effective de la patinoire municipale de Boulogne-Billancourt au 1er octobre 2024, conformément à la délibération n°6 du 6 juin 2024 ;
3°) d'enjoindre à la Ville de Boulogne-Billancourt de prendre dans un délai maximum de dix jours suivant notification de l'ordonnance à intervenir, toutes mesures de nature à assurer l'exécution de celle-ci, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
4°) d'ordonner une mesure d'expertise judiciaire ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Boulogne Billancourt une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les associations requérantes soutiennent que :
- l'urgence est caractérisée, dès lors que l'absence de réalisation des travaux de réparation du système-froid de la patinoire municipale va entrainer de facto sa fermeture, et en conséquence, les requérantes, leurs adhérents, les associations sportives utilisatrices de la patinoire, leurs professeurs de patinage, les très nombreux patineurs " loisir " qui fréquentent les séances publiques, les enfants des écoles, et les commerçants environnants vont subir un très fort préjudice ;
- les mesures sollicitées présentent un caractère impérieux.
Vu :
- la requête n° 2411371 enregistrée le 2 août 2024 par laquelle les associations requérantes demandent l'annulation des délibérations contestées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. d'Argenson, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°2411307 et 2411308 sont présentées par les mêmes associations, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par une même ordonnance.
En ce qui concerne la requête n°2411307 en référé suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. Par une délibération n°5 du 6 juin 2024, le conseil municipal de la commune de Boulogne-Billancourt, qui envisage de ne pas renouveler la délégation de service public pour la partie relative à la gestion de sa patinoire compte tenu des coût d'entretien et d'exploitation liés au réchauffement climatique, déclare sans suite la procédure d'attribution d'un contrat de délégation de service public pour l'exploitation de la piscine et de la patinoire municipales autorisée par délibération n°20 du 1er décembre 2022, approuve le principe de la délégation de service public pour la seule piscine municipale et autorise le maire à engager une réflexion sur le devenir sportif de l'équipement abritant la patinoire municipale. Par une délibération n° 6 du même jour, le conseil municipal approuve la prolongation du contrat de délégation de service public signé avec la société Récréa pour l'exploitation et la gestion de la piscine et de la patinoire municipales pour une durée de 6 mois, ayant pour effet de reporter le terme initial du 31 juillet 2024 au 31 décembre 2024 et fixe la date d'ouverture de la patinoire au 1er octobre 2024 sous réserve d'un ordre de service de confirmation de la Ville au délégataire, pris en fonction de l'état d'avancement des réflexions sur l'élaboration d'une solution de gestion pérenne du bâtiment de la patinoire autrement que par une délégation de service public. Il ne ressort ainsi d'aucune de ces deux délibérations que la patinoire de Boulogne-Billancourt soit menacée de fermeture à brève échéance, ces délibérations prévoyant au contraire expressément l'engagement d'une réflexion sur le devenir de cet équipement, une prolongation de la délégation de service public jusqu'au 31 décembre 2024, et une ouverture prévisionnelle de la patinoire au 1er octobre 2024 selon l'avancement de cette réflexion et sous réserve d'un ordre de service. La condition d'urgence prévue par les dispositions précitées ne peut donc être regardée, en l'espèce, comme remplie.
En ce qui concerne la requête n°2411308 en référé mesure utile :
4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
5. Comme il a été dit au point 2, dès lors que les délibérations du 6 juin 2024 prévoient l'engagement d'une réflexion sur le devenir de la patinoire dans un contexte où la municipalité s'interroge sur la soutenabilité énergétique de son maintien, les mesures sollicitées par les associations requérantes se heurtent manifestement à une contestation sérieuse et ne sauraient être ordonnées sans faire obstacle à la décision que prendra la commune sur l'avenir de la patinoire. En tout état de cause, il n'est pas établi que le fonctionnement en l'état de la patinoire serait menacé à court terme et nécessiterait des travaux d'urgence. Par suite, les conditions requises par l'article L. 521-3 ne sont pas remplies.
6. Il résulte de ce tout ce qui précède que les requêtes n°2411307 et 2411308 présentées par l'association Ecole de glace de la patinoire de Boulogne et l'association Paris Boulogne Olympique Club doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : Les requêtes n°2411307 et 2411308 présentées par l'association Ecole de glace de la patinoire de Boulogne et l'association Paris Boulogne Olympique Club sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Ecole de glace de la patinoire de Boulogne et à l'association Paris Boulogne Olympique Club.
Copie en sera adressée à la commune de Boulogne-Billancourt.
Fait à Cergy, le 5 août 2024.
Le juge des référés
signé
P.-H. d'Argenson
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.-2411308