Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411309

mardi 20 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise avait assigné M. A à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que cette mesure était dépourvue de base légale, car M. A avait déjà exécuté l'obligation de quitter le territoire français sous-jacente en retournant au Maroc en septembre 2022. L’exception de non-lieu soulevée par le préfet, qui avait abrogé l’arrêté en cours d’instance, a été écartée car l’acte avait reçu un commencement d’exécution. La décision s’appuie sur le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Persidat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'erreurs de fait et d'une erreur de droit dès lors qu'il a déjà exécuté la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la base de laquelle l'assignation à résidence a été prise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet du Val-d'Oise, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de M. A dès lors que l'arrêté du 29 juillet 2024 a été abrogé, en toutes ses dispositions, par un arrêté du 9 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fabas, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 11 avril 1986, est entré sur le territoire français, pour la dernière fois, le 19 septembre 2023, selon ses déclarations. Le 28 juillet 2024, il a été interpellé aux fins de vérification du droit à la circulation et au séjour en France. Par un arrêté du 29 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet du Val-d'Oise :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors la disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Le préfet du Val-d'Oise indique qu'il a, par son arrêté du 9 août 2024 édicté en cours d'instance, abrogé l'arrêté attaqué du 29 juillet 2024 et conclut au rejet des conclusions présentées par M. A lesquelles sont devenues sans objet. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision d'abrogation serait devenue définitive. D'autre part, il est constant que l'arrêté du 29 juillet 2024 qu'elle abroge a néanmoins reçu un commencement d'exécution entre sa date d'édiction et le 9 août 2024, date à laquelle il a été abrogé. Il s'ensuit que les conclusions tendant à son annulation conservent leur objet et qu'il y a, dès lors, toujours lieu de statuer sur celles-ci. Par suite, l'exception de non-lieu opposée en défense par le préfet du Val-d'Oise doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier, et ainsi que le fait valoir M. A, que celui-ci a entièrement exécuté l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'avait obligé à quitter le territoire français et lui avait interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an dès lors que celui-ci est reparti au Maroc le 30 septembre 2022. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir que la décision du 29 juillet 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence afin de mettre à exécution l'arrêté du 17 août 2022 est entachée d'un défaut de base légale et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les frais du litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

L. FABAS

La greffière,

Signé

C. CHU

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.