Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411310

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours de M. B, ressortissant algérien, contre les arrêtés du préfet des Hauts-de-Seine lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, lui interdisant le retour pour un an et l'assignant à résidence. Le requérant invoquait notamment une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et une erreur manifeste d'appréciation. La magistrate désignée a renvoyé à la formation collégiale l'examen de la légalité du refus de titre de séjour, tandis que les autres décisions ont été jugées sur la base des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-algérien de 1968.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2024, M. A B, représenté par Me Achache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le même préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de saisir les services compétents afin de mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il doit bénéficier d'un titre de plein droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace grave à l'ordre public justifiant son refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour dès lors qu'il est en droit de se voir délivrer une carte de résident ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace grave à l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation ;

S'agissant de la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'interdiction qui lui est faite de sortir du département des Hauts-de-Seine porte une atteinte disproportionnée à son droit d'aller et venir et à son droit au respect à la vie privée et familiale ;

- l'astreinte qui lui est faite de rester à son domicile est disproportionnée et n'est pas compatible avec l'exercice de sa profession ;

- l'obligation qui lui est faite de pointer au commissariat de police n'est pas compatible avec l'exercice de sa profession et sa situation familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bocquet, conseillère, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée, qui indique que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour seront renvoyées en formation collégiale ;

- les observations de Me Amchi dit C, substituant Me Achache représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir, en outre,

- et les observations de M. B.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 7 novembre 1988, serait entré en France cours de l'année 1993, selon ses déclarations. Le 11 janvier 2023, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien. Par un arrêté du 24 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé à M. B de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du 6 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a assigné M. B à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision de refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant () ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code. L'article L. 614-8 du même code prévoit que lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français. Et aux termes de l'article R. 776-10 du code de justice administrative : " Les dispositions de la présente sous-section sont applicables aux recours formés, en application des articles L. 614-4 ou L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code et les autres décisions mentionnées à l'article R. 776-1 du présent code, lorsque l'étranger n'est pas placé en rétention, ni assigné à résidence. ".

3. M. B a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence par décision du préfet des Hauts-de-Seine du 6 juin 2024 qui a été notifiée en même temps qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 1er août 2024. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité des décisions notifiées le même jour obligeant l'intéressé à quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal administratif de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 24 mai 2024 refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, il y a lieu de renvoyer en formation collégiale les conclusions du requérant relatives à la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions annexes y afférentes.

Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre les autres décisions attaquées :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : /1 )au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ".

5. M. B soutient qu'à la date de la mesure d'éloignement prise à son encontre, il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans, soit depuis 1993. Toutefois, il ressort de son casier judiciaire que de 2007 à 2022, il a été emprisonné pendant six ans et trois mois. Dès lors, une partie importante de son séjour a été accomplie en détention, en exécution de peines d'emprisonnement, et les périodes de détention ne peuvent être regardées comme une période de résidence continue au sens des dispositions législatives précitées et, par suite, ne peuvent être prises en compte dans le calcul de la durée de sa résidence en France. Ainsi M. B ne justifie pas d'une résidence habituelle et continue en France de plus de dix ans et n'est ainsi pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien précité. Il en résulte que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B soutient résider en France depuis 1993 en compagnie de ses parents en séjour régulier, ainsi que de ses quatre frères et sœurs, tous de nationalité française. Il indique vivre en concubinage avec une ressortissante française. Toutefois, si la présence en France de ses parents et frères et sœurs n'est pas contestée, le requérant produit pour seule preuve de communauté de vie une attestation d'hébergement ainsi que la copie d'une carte nationale d'identité, ne permettant pas d'établir l'ancienneté ni la réalité de cette relation. En outre, il est sans charge de famille. Concernant son insertion dans la société française, contrairement à ce qui est soutenu, la présence en France du requérant représente une menace pour l'ordre public au regard de ses multiples condamnations et de la réitération de ses actes, tant de consommation et vente de stupéfiants que d'escroqueries, les derniers faits étant récent puisque remontants à 2022 soit moins de deux ans à compter de la décision attaquée. Enfin, pour toute insertion professionnelle, le requérant produit deux bulletins de paie pour l'année 2024, ne permettant pas de caractériser une réelle insertion. Dès lors, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

8. Pour les mêmes motifs, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant à la qualification du comportement du requérant comme menace à l'ordre public.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

10. La décision comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme infondé.

11. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales comme celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant interdiction de retour en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

13. La décision comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme infondé.

14. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales comme celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

15. L'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision assignant M. B à résidence. Il est par suite suffisamment motivé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

16. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

17. En se bornant à indiquer que son planning de travail ne lui permet pas de se rester à son domicile les vendredis soirs et samedis matin ni à se présenter au commissariat Nanterre et que cette assignation porte atteinte à sa vie privée et familiale sans autres précisions, le requérant qui ne dispose d'aucune autorisation de travail et n'établit pas travailler aux jours et horaires indiqués par la seule production de deux fiches de paie pour les mois de mars et avril 2024, n'établit pas que le préfet des Hauts-de-Seine a porté une appréciation manifestement erronée des conséquences sur sa situation personnelle, ni entaché sa décision de disproportion eu égard à sa liberté d'aller et venir.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe 14 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

P. Bocquet

La greffière,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.