Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411317

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411317
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours de M. A, ressortissant algérien, contre un arrêté préfectoral du 10 juin 2024 refusant le renouvellement de son certificat de résidence, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, et prononçant une interdiction de retour d'un an, ainsi qu'un arrêté d'assignation à résidence du 14 juin 2024. Le requérant invoquait notamment une méconnaissance de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble de ses demandes, jugeant que les décisions étaient suffisamment motivées et proportionnées, et que la menace à l'ordre public justifiait le refus de séjour. La solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 août 2024, le 5 août 2024 et le 6 août 2024, M. B A, représenté par Me Syan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024, notifié le 2 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et lui a retiré son certificat de résidence valable jusqu'au 19 juillet 2021;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024, notifié le 2 août 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, et lui a ordonné de remettre son passeport au commissariat;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs dirigés contre les arrêtés du 10 juin 2024 et du 14 juin 2024 :

- ils sont entachés d'une insuffisance de motivation en fait et sont à ce titre entachés d'un défaut d'examen ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- ils méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'arrêté du 10 juin 2024 portant refus de renouvellement de certificat de résidence, obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire d'un an et retrait de carte de séjour :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'accord franco-algérien dès lors qu'il lui refuse le renouvellement de sa certificat de résidence qui est de droit, la menace à l'ordre public, à la supposer établie, étant à cet égard sans incidence ;

Par un mémoire en défense, enregistré 5 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu:

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'accord franco- algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Cordary, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cordary, première conseillère,

- et les observations de Me Prevost, substituant Me Syan, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et fait valoir en outre que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la caractérisation du trouble à l'ordre public ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 5 janvier 1982, est entré en France en 2015, selon ses déclarations. Il a été muni d'un certificat de résidence en sa qualité de parent d'enfant français valable jusqu'au 19 juillet 2021, dont il a sollicité le renouvellement. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024, notifié le 2 août 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an et lui a retiré son certificat de résidence valable jusqu'au 19 juillet 2021, ensemble l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet des

Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, et lui a ordonné de remettre son passeport au commissariat.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence () / (), lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".

3. L'obligation de quitter le territoire français adoptée à l'encontre de M. A est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il doit être statué sur la décision relative au séjour l'accompagnant dans les conditions prévues à l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à la sous-section 1 de la section 2 du chapitre VI du titre VII du livre VII du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de renvoyer, à une formation collégiale du tribunal, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant retrait de son certificat de résidence et refus de renouvellement de son certificat de résidence, ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Pour ordonner l'éloignement de M. A, le préfet des Hauts-de-Seine a considéré que ce dernier, dont il n'est pas contesté qu'il a été condamné par un jugement du 21 mars 2024 par le tribunal correctionnel de Nanterre pour exécution en bande organisée d'un travail dissimulé et vente frauduleuse au détail de tabac sans document justificatif, constituait un trouble à l'ordre public, et qu'il ne fournissait aucune preuve probante d'une insertion professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est parent d'un enfant français né le

1er juillet 2019. Si en défense, le préfet fait valoir que le requérant n'établit pas participer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'assignation à résidence produite par le préfet lui-même, que M. A vit dans le même logement que sa conjointe de nationalité française, mère de l'enfant, et produit une attestation de cette dernière venant appuyer l'existence d'une vie commune et la participation de son conjoint à l'éducation de leur enfant. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'obligation de quitter le territoire français du 10 juin 2024 doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de renvoi, celle lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, et la décision du 14 juin 2024 l'assignant à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

8. Il résulte des dispositions précitées qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des

Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. A ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les conclusions de M. A dirigées contre la décision portant retrait de son certificat de résidence et refus de renouvellement de son certificat de résidence, ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent, sont renvoyées devant une formation collégiale.

Article 2 : Les décisions du 10 juin 2024 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an, ainsi que la décision du 14 juin 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelables deux fois sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Cordary La greffière,

Signé

C. Phu

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.