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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2411351

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411351

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPOIRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n°2418894/2-1 en date du 5 août 2024, la présidente de la deuxième section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête enregistrée le 10 juillet 2024 au greffe du tribunal administratif de Paris.

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 5 et 28 août et le 9 septembre 2024, M. B, représenté par Me Poirier, demande au tribunal :

1°) d'accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son signalement aux fin de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de restituer sans délai les documents retenus.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il y a une méconnaissance du principe de respect des droits de la défense ;

- il est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie privée et familiale normale.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024 le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. d'Argenson en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique:

- le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné ;

- les observations de M. B, qui s'en remet aux écritures de son conseil ;

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 1er février 1984, est entré sur le territoire français le 24 mars 2019. Il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement par le préfet du Val-d'Oise le 8 avril 2022. Par un arrêté du 5 juillet 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de police du même jour, non communiqué par le préfet de police mais consultable en tant qu'acte réglementaire sur le site internet de la préfecture de police, le préfet a donné délégation à Mme C, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de

M. B avant de prendre sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de l'arrêté contesté et de l'absence d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.

4. L'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte toutefois également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition produit en défense par le préfet, qu'à la suite de son interpellation, M. B a été auditionné le 4 juillet 2024 par les services de police et a ainsi été mis en mesure de faire valoir tous les éléments relatifs à sa situation personnelle. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été adopté en méconnaissance du droit d'être entendu et du respect des droits de la défense. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

7. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'examen de l'un d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse, à sa seule lecture, en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

8. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de police a pris en compte, au vue de la situation de M. B, l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, en relevant notamment que le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en outre confirmée par le tribunal administratif et à laquelle il s'est soustrait et qu'il ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés sur le territoire français car s'il se déclare marié il ne fait pas état d'une communauté de vie suffisante. Il ressort des pièces du dossier que ces circonstances sont établies. En particulier, si l'intéressé fait valoir qu'il est marié depuis le 17 mars 2018 à une ressortissante française, les quelques pièces produites ne permettent d'envisager une communauté de vie que pour l'année 2024, étant observé qu'il ressort du jugement n° 2206415 du 6 mars 2023 que l'intéressé a été condamné le 25 septembre 2019 pour usage illicite de stupéfiants et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, et le 28 juin 2021 à huit mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour violences habituelles suivies d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité avec interdiction d'entrer en relation avec la victime de l'infraction et obligation de s'abstenir de paraître en tout lieu spécialement désigné, aucune reprise de relation n'étant constatée à la date de ce précédent jugement. Dans ces circonstances, le préfet de police n'a pas méconnu les dispositions précitées ni entaché sa décision d'une erreur de fait, d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B soutient être sur le territoire français depuis 2015 et être marié depuis le 17 mars 2018 à une ressortissante française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, suite à sa condamnation, la communauté de vie n'est établie que pour l'année 2024, que l'intéressé ne démontre pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans, et qu'il a fait l'objet d'une précédent mesure d'éloignement confirmé en justice. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

12. Il n'y a pas lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Poirier et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P-H. d'ArgensonLa greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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