Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411428
mardi 27 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2411428 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BVK AVOCATS ASSOCIES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 août 2024, le préfet du Val-d'Oise demande au juge des référés statuant en application des dispositions de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 2024-23 du 6 juin 2024 par lequel le maire de la commune de Groslay a mis en demeure la région Ile-de-France de régulariser la situation sur le terrain sis chemin du Champ à Loup en supprimant les divers dépôts et en rendant au lieu son caractère naturel dans un délai de deux mois à compter de la réception de l'arrêté sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Groslay la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence n'a pas à être établie ;
- plusieurs moyens sont de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
* à titre principal, il est entaché d'un défaut de base légale, dès lors que l'arrêté ne pouvait être pris, comme en l'espèce sur le fondement des dispositions du code de l'urbanisme alors que la règlementation relative aux déchets est régie par le code de l'environnement et que le maire dispose d'un pouvoir de police spécial relatif à l'abandon ou le dépôt illégal de déchets ;
* à titre subsidiaire, il est insuffisamment motivé, le montant de l'astreinte est disproportionné à l'infraction constatée et il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la présence des déchets sur les parcelles visées ne sont pas imputables à l'agence des espaces verts de la région Ile-de-France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2024, la région Ile-de-France conclut à sa mise hors de cause.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 22 août 2024, l'agence Ile-de-France Nature, représentée par le cabinet BVK Avocats associés, demande au tribunal d'ordonner la suspension de l'arrêté n° 2024-23 du maire de la commune de Groslay en date du 6 juin 2024 et de mettre à la charge de la commune de Groslay une somme de 5000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- la requête n° 2411426, enregistrée le 6 août 2024, par laquelle le préfet du Val-d'Oise demande l'annulation de l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Edert, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 23 août 2024 à
11 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Edert, juge des référés ;
- les observations de Mme A représentant le préfet du Val-d'Oise, qui conclut en outre à ce que l'arrêté n'est pas dirigé contre la bonne personne publique et celles de Me Gallo représentant l'agence des espaces verts de la région Ile-de-France, Ile-de-France Nature qui maintient ses observations ;
- et les observations de M. B, maire de la commune de Groslay qui soutient que les déchets accumulés sur la butte Pinson présentent un caractère de dangerosité qui a rendu nécessaire la mise en demeure de la région- Ile-de-France de procéder à leur retrait ; qu'il existe une véritable décharge illégale alimentée par des dépôts réguliers, moyennant rétribution et qui est incendiée régulièrement dégageant ainsi des fumées toxiques ; la proximité d'une école implique qu'il en ordonne la fermeture chaque semaine ; tant la région, que l'Etat ou l'agence ne trouvent aucune solution pour mettre fin à ces agissements, ce qui l'a contraint à mettre en demeure la région Ile-de-France de rendre aux parcelles dépendant de la commune de Groslay sur la butte Pinson leur caractère naturel, sous astreinte.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'Etat dirigées contre les actes des communes sont régies par le 3e alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales ci-après reproduit : / " Art. L. 2131-6, alinéa 3. - Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans le délai d'un mois." () ".
2. Pour demander sa mise hors de cause, la région Ile-de-France fait valoir que seule l'agence des espaces verts de la région Ile-de-France, Ile-de-France Nature est compétente pour connaitre de tout différend concernant la gestion ou l'entretien des espaces verts régionaux. Toutefois il est constant que l'arrêté litigieux est dirigé contre la région Ile-de-France, ses conclusions tendant à sa mise hors de cause doivent être rejetées.
3. S'il résulte des dispositions précitées que le déféré suspension qu'elles instituent n'est subordonné à aucune condition d'urgence, le juge des référés disposant d'un mois pour y statuer, ces dispositions ne font toutefois pas obstacle à ce que le juge des référés se prononce dans un délai plus bref à condition que le raccourcissement de ce délai n'ait pas pour effet de porter atteinte au contradictoire et notamment de priver l'auteur de l'acte attaqué de la possibilité de présenter utilement sa défense.
4. Le 14 mars 2024, le maire de la commune de Groslay a fait constater la présence illégale de dépôts divers, notamment de déchets de chantiers et d'ordures sur les parcelles AI 185,186,187,188 et 302 sises chemin du Champ à Loup. Par un courrier en date du 21 mars 2024, cette autorité a invité la région Ile-de-France à présenter ses observations. Par un arrêté n° 2024-23 en date du 6 juin 2024 le maire de la commune de Groslay l'a mise en demeure, sur le fondement de l'article L. 481-3 du code de l'urbanisme, " de régulariser la situation sur le terrain situé chemin du Champ à Loup en supprimant les divers dépôts et en rendant au lieu son caractère naturel, dans un délai de deux mois à compter de la réception de l'arrêté sous astreinte de 500 euros par jour de retard ". En application des dispositions de l'article L. 554-1 du code de justice administrative, le préfet du Val-d'Oise demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.
5. Aux termes de l'article L. 481-3 du code de l'urbanisme : " Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque la mise en demeure prévue à l'article L. 481-1 est restée sans effet au terme du délai imparti, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut obliger l'intéressé à consigner entre les mains d'un comptable public une somme équivalant au montant des travaux à réaliser, laquelle sera restituée à l'intéressé au fur et à mesure de l'exécution des mesures prescrites. ".
6. L'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, introduit par la loi du 27 décembre 2019 relative à l'engagement dans la vie locale et à la proximité de l'action publique, permet à l'autorité compétente, indépendamment des poursuites pénales qui pourraient être engagées, de prononcer une mise en demeure, assortie le cas échéant d'une astreinte, dans différentes hypothèses où les dispositions du code de l'urbanisme, ou les prescriptions résultant d'une décision administrative ont été méconnues, en vue d'obtenir la régularisation de ces infractions, par la réalisation des opérations nécessaires à cette fin ou par le dépôt des demandes d'autorisation ou déclarations préalables permettant cette régularisation. Ces dispositions sont applicables à l'ensemble des opérations soumises à permis de construire, permis d'aménager, permis de démolir ou déclaration préalable ou dispensée, à titre dérogatoire, d'une telle formalité et qui auraient été entreprises ou exécutées irrégulièrement. L'article L. 481-3 du code de l'urbanisme permet à l'autorité compétente à consigner entre les mains d'un comptable public une somme équivalant au montant des travaux à réaliser, en émettant à cet effet à un titre exécutoire.
7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 481-3 du code de l'urbanisme et donc dépourvu de base légale est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
8. Il y a lieu, par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 554-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de l'arrêté en litige jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête n°2411426 susvisée.
9. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions du préfet du Val-d'Oise et de l'agence Ile-de-France Nature présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté n° 2024-23 en date du 6 juin 2024 du maire de la commune de Groslay est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Article 2 : Les conclusions de la région Ile-de-France sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions du préfet du Val-d'Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Les conclusions de l'agence Ile-de-France Nature au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au préfet du Val-d'Oise, à la commune de Groslay, à la région Ile-de-France et à l'agence Ile-de-France Nature.
Fait à Cergy, le 27 août 2024.
La juge des référés,
Signé
S. Edert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.