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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2411455

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411455

lundi 28 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411455
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDEHAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A contestant des retraits de points sur son permis de conduire. Le tribunal a d'abord jugé irrecevables les conclusions relatives aux infractions des 14 janvier et 25 août 2020, faute de retraits de points établis. Pour les autres infractions, il a écarté le moyen tiré du défaut de notification, rappelant que celle-ci n'affecte pas la légalité du retrait mais seulement son opposabilité. Enfin, concernant l'infraction du 5 mars 2018, le tribunal a estimé que le requérant, ayant été condamné pénalement, ne pouvait utilement invoquer un défaut d'information préalable, cette garantie étant destinée à permettre la contestation devant le juge pénal. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet 2024 et le 19 mars 2025, M. A, représenté par Me Samama et Me Dehan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions portant retraits de points de son permis de conduire à la suite des infractions commises le 5 mars 2018, le 24 septembre 2018, le 14 janvier 2020 et le 25 août 2020, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a implicitement refusé de faire droit à son recours gracieux du 24 mai 2024 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de créditer son permis de conduire des points illégalement retirés en cause ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que

- ses conclusions sont recevables ;

- les décisions portant retraits de point en litige, qui ne lui ont jamais été notifiées, sont entachées d'un vice de procédure en raison du défaut d'information prévu par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, les conclusions dirigées contre les décisions portants retraits de points sont irrecevables ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler les décisions portant retraits de points de son permis de conduire à la suite des infractions commises le 5 mars 2018, le 24 septembre 2018, le 14 janvier 2020 et le 25 août 2020, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a implicitement refusé de faire droit à son recours gracieux du 24 mai 2024 ;

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ; / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; / () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.() ".

Sur la recevabilité des conclusions :

3. Il ne ressort pas du relevé d'information intégral édité le 18 février 2025 de M. A, versé à l'instance par le ministre de l'intérieur, que les infractions commises les 14 janvier 2020 et 25 août 2020 auraient donné lieu à des retraits de points de son permis de conduire. Par conséquent, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de ces décisions portant retrait de points, inexistantes, sont manifestement irrecevables. Il y a donc lieu de les rejeter sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne l'absence de notification :

4. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. A ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que les retraits de points en litige ne lui auraient pas été notifiés.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant de l'infraction commise le 5 mars 2018 :

6. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. A que l'infraction constatée le 5 mars 2018 a fait l'objet d'une condamnation pénale prononcée par le tribunal de police de Chartres, devenue définitive le 28 août 2019. Dès lors que le requérant a eu la possibilité de contester la réalité de l'infraction en cause devant le juge pénal, il n'est pas fondé à soutenir que le défaut de délivrance de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à le supposer établi, est de nature à entacher d'irrégularité le retrait de points dont s'agit. Le moyen doit donc être écarté comme manifestement infondé.

S'agissant de l'infraction commise le 24 septembre 2018 :

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment des pièces produites en défense par le ministre de l'intérieur, que l'infraction commise par M. A le 24 septembre 2018 a été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique, que l'intéressé a refusé de signer, puis a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. La mention " refus de signer " apportée par l'agent de police judiciaire sur le procès-verbal en cause établit que les informations requises ont bien été délivrées à M. A. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure s'agissant de cette infraction, qui manque en fait, doit être écarté comme étant manifestement infondé.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

9. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive (). Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. ".

10. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier que l'infraction commise le 5 mars 2018 a fait l'objet d'une condamnation pénale devenue définitive, tandis que celle du 24 septembre 2018 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Dès lors que l'intéressé ne justifie pas qu'il aurait présenté des réclamations ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, et en l'absence de tout autre élément avancé de nature à mettre en doute l'exactitude des mentions susévoquées, la réalité des infractions qui lui sont reprochées est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ne peut qu'être écarté comme n'étant assorti que de faits insusceptibles de venir à son soutien.

11. Le surplus des conclusions de la requête de M. A ne comporte que des moyens manifestement infondés et seulement assortis de faits insusceptibles de venir à leur soutien. Dès lors, à défaut de moyen utile soulevé dans le délai de recours contentieux, il y a lieu de rejeter le surplus des conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de M. A, sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Fait à Cergy, le 28 avril 2025.

La présidente de la 3ème chambre,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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