Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411682

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411682
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFERNANDEZ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. C, ressortissant turc, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise ordonnant son transfert aux autorités suisses pour l'examen de sa demande d'asile. Le requérant invoquait des défaillances systémiques en Suisse et une erreur manifeste d'appréciation, mais le tribunal a jugé que la responsabilité de la Suisse était établie sur le fondement de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013, en raison de l'enregistrement préalable de ses empreintes dans ce pays. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, confirmant ainsi la légalité de la mesure de transfert.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités suisses.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Suisse ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet du Val-d'Oise a produit des pièces, enregistrées le 21 août 2024, et invité le tribunal à rejeter la requête de Mme B.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gay-Heuzey pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gay-Heuzey, magistrate désignée ;

- les observations de Me Fernandez, avocat commis d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et présente un nouveau moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 et 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en tant que la Suisse ne peut pas être regardée comme responsable de l'examen de la demande d'asile du requérant ;

- les observations de M. C ;

- le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né le 2 mars 1976, a déposé une demande d'asile le 28 juin 2024. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que ses empreintes avaient été préalablement enregistrées par les autorités suisses et les autorités grecques. Saisies le 1er juillet 2024 d'une demande de reprise en charge de M. C, les autorités suisses ont accepté cette requête le 3 juillet 2024. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités suisses.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'il est établi () que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. / 2. Lorsqu'un Etat membre ne peut pas, ou ne peut plus, être tenu pour responsable conformément au paragraphe 1 du présent article et qu'il est établi () que le demandeur qui est entré irrégulièrement sur le territoire des Etats membres ou dont les circonstances de l'entrée sur ce territoire ne peuvent être établies a séjourné dans un Etat membre pendant une période continue d'au moins cinq mois avant d'introduire sa demande de protection internationale, cet Etat membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. / Si le demandeur a séjourné dans plusieurs Etats membres pendant des périodes d'au moins cinq mois, l'Etat membre du dernier séjour est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. ". Aux termes de l'article 3 du même règlement : " () 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. () ". Il résulte de l'annexe II du règlement n° 118/2014 du 30 janvier 2014 que constitue une preuve, pour la détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile, le résultat positif fourni par le fichier européen Eurodac après comparaison des empreintes du demandeur avec les empreintes collectées au titre de l'article 9 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013 susvisé instituant le système Eurodac de comparaison des empreintes digitales. En vertu de l'article 24 de ce règlement, les empreintes digitales des personnes ayant franchi irrégulièrement la frontière d'un Etat membre en provenance d'un Etat tiers sont enregistrées dans ce système dans la catégorie 2 et les personnes sollicitant la protection internationale, dans la catégorie 1, leurs identifiants Eurodac comportant un code commençant respectivement par les chiffres 2 et 1.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C a déposé le 28 juin 2024 une demande d'asile auprès des services de la préfecture du Val-d'Oise et il ressort des fiches décadactylaires Eurodac produites par le préfet du Val-d'Oise que les empreintes digitales de l'intéressé ont été relevées et enregistrées dans le système Eurodac en catégorie 1, soit en qualité de demandeur d'asile, à la suite d'une demande formulée le 20 novembre 2022 auprès des autorités grecques et d'une demande d'asile formulée le 15 décembre 2022 auprès des autorités suisses. En application des dispositions précitées, la responsabilité de la Grèce quant à l'examen de sa demande de protection internationale a pris fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de cette frontière, soit le 20 novembre 2023. Par ailleurs, la Suisse ne peut être tenue pour responsable de l'examen de la demande de M. C dès lors que celui-ci a présenté sa demande auprès de ces autorités le 15 décembre 2022 alors qu'il n'a pas pu matériellement séjourner sur ce territoire au moins cinq mois avant. Enfin, la France ne peut être tenue pour responsable de l'examen de la demande de protection internationale de M. C dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a séjourné au moins cinq mois sur le territoire français avant de déposer sa demande le 28 juin 2024. Dans ces conditions, dès lors qu'aucun État membre ne peut être désigné responsable, la Grèce, premier État membre auprès duquel M. C a introduit une demande de protection internationale, est responsable de l'examen de celle-ci. Par conséquent, M. C est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles 3 et 13 du règlement (UE) n° 604/2013 précité.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités suisses.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 1er août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé le transfert de M. C aux autorités suisses est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 août 2024.

La magistrate désignée,

signé

A. GAY-HEUZEY

La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.