Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411720

lundi 26 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi en référé suspension par M. A, chauffeur de taxi, contestant le refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui créditer quatre points sur son permis de conduire après un stage de récupération. Le juge a reconnu l'urgence, car la décision empêche M. A d'exercer sa profession et de subvenir à ses besoins, notamment en période de jeux paralympiques. Il a également estimé que le moyen tiré de l'absence de notification d'une décision de retrait de points, en méconnaissance des articles L. 223-6 et R. 223-8 du code de la route, était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, la suspension de l'exécution de la décision préfectorale a été ordonnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 21 août 2024, M. B A, représenté par Me Pohin, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 24 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de reconstituer partiellement le capital de son permis de conduire, à hauteur de quatre points, suite au stage qu'il a régulièrement réalisé ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que son permis de conduire lui est indispensable pour exercer sa profession de chauffeur de taxi ; qu'en l'empêchant d'exercer son activité professionnelle, la décision attaquée restreint la circulation des personnes à mobilité réduite ; qu'en outre, il ne représente pas un danger grave et immédiat pour la sécurité routière ;

- il existe un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, qui méconnaît les dispositions des articles L. 223-6 et R. 223-8 du code de la route, dès lors qu'aucune décision de retrait de son permis de conduire ne lui a été notifiée.

Le préfet des Hauts-de-Seine a produit les pièces utiles au dossier, enregistrées le 19 août 2024.

Vu :

- la requête n° 2411654, enregistrée le 7 août 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision litigieuse ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 26 août 2024 à 9 heures 30 en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;

- et les observations de Me Pohin, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en produisant deux pièces qui sont immédiatement insérées dans l'application Télérecours dans le cadre du respect du contradictoire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, qui exerce la profession de chauffeur de taxi, a effectué, les 28 et 29 juin 2024, un stage de récupération de points du permis de conduire, sur le fondement du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route. Par une décision du 24 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de créditer les points récupérés au cours du stage sur le permis de conduire du requérant, au motif qu'il aurait réceptionné une décision " 48 SI " constatant la perte de validité de son permis de conduire. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y a à suspendre l'exécution de la décision refusant de créditer son permis de conduire de quatre points, M. A fait valoir qu'elle a des conséquences graves et irrémédiables sur sa situation personnelle et professionnelle, dès lors que son permis de conduire lui est indispensable pour exercer sa profession de chauffeur de taxi. La décision litigieuse le prive de ses revenus et le place dans l'impossibilité de subvenir aux besoins de sa famille. Le requérant soutient également qu'en tant que chauffeur habilité à prendre en charge des personnes à mobilité réduite, ses services sont particulièrement nécessaires dans l'immédiat, compte tenu de la tenue prochaine des jeux paralympiques. Ces circonstances permettent, en l'état, de caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

5. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " () Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière qui peut être effectué dans la limite d'une fois par an. Lorsque le titulaire du permis de conduire a commis une infraction ayant donné lieu à un retrait de points égal ou supérieur au quart du nombre maximal de points et qu'il se trouve dans la période du délai probatoire défini à l'article L. 223-1, il doit se soumettre à cette formation spécifique qui se substitue à l'amende sanctionnant l'infraction () ". Aux termes de l'article R. 223-8 du même code : " () II.-L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. / III.-Le préfet mentionné au I ci-dessus procède à la reconstitution du nombre de points dans un délai d'un mois à compter de la réception de l'attestation et notifie cette reconstitution à l'intéressé par lettre simple. La reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage. (). ".

6. Les décisions portant retrait de points d'un permis de conduire, de même que celles qui constatent la perte de validité du permis pour solde de points nul, ne sont opposables à son titulaire qu'à compter de la date à laquelle elles lui sont notifiées. Tant que le retrait de l'ensemble des points du permis ne lui a pas été rendu opposable, l'intéressé peut prétendre au bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 223-6 du code de la route prévoyant des reconstitutions de points lorsque le titulaire du permis a accompli un stage de sensibilisation à la sécurité routière ou qu'il n'a commis aucune infraction ayant donné lieu à un retrait de points pendant une certaine période.

7. Pour justifier son refus de prendre en compte l'attestation de suivi d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière et de créditer quatre points sur le permis de conduire du requérant, le préfet des Hauts-de-Seine soutient qu'une décision " 48SI " constatant la perte de validité du permis de conduire de M. A lui a été notifiée avant la réalisation du stage. Toutefois, le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne communique pas de copie de la décision " 48SI " et se borne à produire la capture d'écran du suivi électronique de La Poste, qui indique que le courrier a été retourné à son expéditeur. Les éléments de suivi électronique n'indiquent ni le nom du requérant, ni l'adresse à laquelle le courrier a été expédié. Le requérant atteste quant-à lui ne jamais avoir réceptionné de décision " 48SI ". Il produit le bordereau du courrier recommandé, qui a été avisé à son ancienne adresse, à laquelle il ne réside plus depuis le 22 mars 2024. Le facteur y indique que le destinataire du courrier est inconnu à l'adresse indiquée par le préfet des Hauts-de-Seine. Il en résulte que la décision " 48SI " portant retrait du permis de conduire n'a pas été régulièrement notifiée au requérant. Par conséquent, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L.223-6 et R.223-8 du code de la route est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision contestée.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des frais liés à l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 24 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de reconstituer le capital du permis de conduire de M. A à hauteur de quatre points est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : L'État versera à M. A la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 26 août 2024.

Le juge des référés,

signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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