Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411726

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationRéférés urgents

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 779-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. D E et M. C A. Ceux-ci demandaient l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 7 août 2024 les mettant en demeure de quitter un terrain à Eragny-sur-Oise sous 48 heures. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation, l'absence d'arrêté municipal préalable, et l'absence de structures d'accueil pour les gens du voyage. La solution retenue confirme la légalité de la procédure d'évacuation forcée, en application de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 10 et 12 août 2024, M. D E et M. C A, représentés par Me Genies, demandent au tribunal, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2024-0792 du 7 août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure les personnes installées illégalement sur un terrain situé chemin de la Danne à Eragny-sur-Oise de quitter les lieux dans un délai de 48 heures, faute de quoi il sera procédé à l'évacuation forcée des résidences mobiles des gens du voyage ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros, à verser à chacun des requérants, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence dès lors qu'il est intervenu en l'absence d'arrêté interdisant le stationnement des caravanes dans la commune d'Eragny-sur-Oise ;

- la demande déposée auprès de la préfecture n'a pas été faite par le maire mais par le responsable des affaires juridiques et des marchés publics de la commune ; il n'est pas établi qu'il était compétent pour le faire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 9-1 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, dès lors que la commune d'Eragny-sur-Oise n'est pas dotée de structures permettant l'accueil des gens du voyage ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il n'est pas démontré que le terrain sur lequel est installé le groupe serait une propriété privée ou publiques ;

- il est entaché d'erreur sur la qualification juridique des faits le campement en cause ne portant nullement atteinte à la salubrité, à la sécurité ou la tranquillité publique ;

- il est entaché de plusieurs erreurs d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 aout 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application des articles L. 779-1 et R. 779-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 12 août 2024 à 15h30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Octar, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée ;

- les observations de Mmes F et Brancotte, représentant le préfet du Val-d'Oise, qui concluent au rejet de la requête et renvoient aux écritures produites en défense pour les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut de motivation, et de l'erreur de fait et insistent sur les dangers du campement.

- les observations de M. B, adjoint au maire de la commune d'Eragny-sur-Oise, qui insiste sur les troubles à la tranquillité publique ainsi que sur le fait que l'occupation compromet la réalisation de travaux publics à l'approche de la rentrée scolaire.

La clôture de l'instruction a été différée au 12 aout 2024 à 18h00.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° 2024-0792 du 7 août 2024 notifié le lendemain, le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure les personnes installées illégalement sur un terrain situé chemin de la Danne à Eragny-sur-Oise de quitter les lieux dans un délai de 48 heures, faute de quoi il serait procédé à l'évacuation forcée des résidences mobiles des gens du voyage. Par la présente requête, MM. E et A, deux de leurs occupants, demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; / 2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 ; / 3° L'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet ; / 4° L'établissement public de coopération intercommunale est doté d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, sans qu'aucune des communes qui en sont membres soit inscrite au schéma départemental prévu à l'article 1er ; / 5° L'établissement public de coopération intercommunale a décidé, sans y être tenu, de contribuer au financement d'une telle aire ou de tels terrains sur le territoire d'un autre établissement public de coopération intercommunale ; / 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. () / Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effets dans le délai fixé et n'a pas fait l'objet d'un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l'évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure. () / II bis. Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine. ". Aux termes de l'article 9-1 de la même loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. Les personnes objets de la décision de mise en demeure bénéficient des voies de recours mentionnées au II bis du même article. ".

3. Aux termes de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales : " I. - A. : - () Par dérogation à l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, les maires des communes membres de celui-ci transfèrent au président de cet établissement leurs attributions dans ce domaine de compétences. / () II. - Lorsque le président de l'établissement public de coopération intercommunale prend un arrêté de police dans les cas prévus au I du présent article, il le transmet pour information aux maires des communes concernées dans les meilleurs délais. A la date du transfert des pouvoirs mentionnés au I, le président de l'établissement public de coopération intercommunale est substitué aux maires concernés dans tous les actes relevant des pouvoirs transférés. / III. - () Si un ou plusieurs maires des communes concernées se sont opposés au transfert de leurs pouvoirs de police, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales peut renoncer, dans chacun des domaines mentionnés au A du I, à ce que les pouvoirs de police spéciale des maires des communes membres lui soient transférés de plein droit, dans un délai d'un mois suivant la fin de la période pendant laquelle les maires étaient susceptibles de faire valoir leur opposition. Il notifie sa renonciation à chacun des maires des communes membres. Dans ce cas, le transfert des pouvoirs de police n'a pas lieu ou, le cas échéant, prend fin à compter de cette notification, sur l'ensemble du territoire de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales. / () ".

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que lorsqu'une commune est inscrite au schéma départemental, est dotée d'une aire d'accueil ou est membre d'un groupement de communes qui est compétent pour la mise en œuvre du schéma départemental, le préfet ne peut mettre en œuvre la procédure prévue à l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 que si un arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles a été auparavant pris par le maire. Si les obligations d'une commune en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage ont été transférées à un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, il appartient alors au président de cet établissement public de prendre l'arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles, à moins que le maire de la commune concernée ne se soit opposé au transfert de compétence de ce pouvoir de police spéciale ou que le président de l'établissement public de coopération intercommunale ait refusé ce transfert de compétence.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la commune d'Eragny-sur-Oise, inscrite su schéma départemental, est membre de la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise qui est compétente en matière d'aménagement, entretien et gestion des aires d'accueil des gens du voyage. Le président de ladite communauté d'agglomération a toutefois renoncé, par décision du 21 septembre 2020, au transfert des pouvoirs de police spéciale dans les domaines, notamment, de l'habitat, des aires d'accueil des gens du voyage, de la circulation et du stationnement. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, et n'est pas allégué en défense, que le maire d'Eragny-sur-Oise aurait pris un arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles en dehors des lieux prévus à cet effet. Par suite, nonobstant l'atteinte avérée à la sécurité et à la salubrité publiques, en l'absence d'installation sanitaire et en présence de branchements électriques sauvages non sécurisés, ainsi qu'à la tranquillité publique en ce que l'occupation litigieuse, qui concerne un terrain situé à proximité d'établissements scolaires, empêche la réalisation de travaux de voirie dédiés à l'aménagement d'un nouveau terrain de basket et fait obstacle à l'entretien des espaces verts en vue de la rentrée scolaire, le préfet du Val-d'Oise ne pouvait mettre en demeure, sur le fondement de la loi du 5 juillet 2000, les gens du voyage occupant illicitement le terrain situé sur le territoire de cette commune de quitter les lieux dans un délai de 48 heures. Les requérants sont, dès lors, fondés à soutenir que l'arrêté litigieux est, pour ce motif, entaché d'illégalité. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, cet arrêté doit être annulé.

Sur les frais du litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° 2024-0792 du 7 août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure les personnes installées illégalement sur un terrain situé chemin de la Danne à Eragny-sur-Oise de quitter les lieux dans un délai de 48 heures est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée à la commune d'Eragny-sur-Oise.

Fait, à Cergy, le 13 août 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.