Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411743
mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2411743 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 août 2024, M. B A, représenté par Me Tameze, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 7 août 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a décidé son transfert aux autorités polonaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, de lui délivrer une attestation de demande d'asile ainsi que le formulaire de demande d'asile et de l'admettre provisoirement au séjour dans cette attente, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation personnelle dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État, sur le fondement des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 000 euros à verser à Me Tameze, à condition qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la demande de prise en charge n'a pas été acceptée explicitement par les autorités polonaises ;
- il méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 et l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grenier, première vice-présidente, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grenier, magistrate désignée ;
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 20 janvier 1992, qui est entré sur le territoire français en 2024, a sollicité, le 9 juillet 2024, son admission au titre de l'asile. La consultation du fichier " Visabio " a révélé que ses empreintes avaient été relevées par les autorités polonaises. Le 9 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine lui a remis une attestation de demande d'asile en procédure Dublin. Le préfet a sollicité les autorités polonaises, le 15 juillet 2024. Les autorités polonaises ont fait connaître leur accord pour la reprise en charge de M. A le 18 juillet 2024. À la suite de cet accord, le préfet des Hauts-de-Seine a, par un arrêté du 7 août 2024, dont M. A demande l'annulation, prononcé son transfert aux autorités polonaises en vue de l'examen de sa demande d'asile.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités polonaises, par un courrier du 18 juillet 2024, ont accepté explicitement de prendre en charge le traitement de la demande d'asile de M. A, en application de l'article 12 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, en ce que la demande de prise en charge du préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas donné lieu à un accord explicite des autorités polonaises ne peut qu'être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article 17 paragraphe 1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité (). ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
5. Si M. A fait valoir qu'il craint des persécutions en raison de son orientation sexuelle et de ses opinions politiques, en cas de retour dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa demande d'asile aurait été rejetée en Pologne, ni qu'elle le serait nécessairement. En outre, M. A n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations selon lesquelles il serait persécuté dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 7 août 2024, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 17 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. GrenierLa greffière,
Signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.