Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411809

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. E, ressortissant équatorien, qui contestait un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine l'assignent à résidence pour 45 jours. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation de l'arrêté. Il a également jugé que la mesure, bien que contraignante, ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, compte tenu de sa situation. La décision s'appuie sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 12 et 16 août 2024, M. E, représenté par Me Traore, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois, en l'obligeant d'une part, à demeurer dans le lieu où sa résidence est fixée, chaque vendredi 19 heures à 20 heures et chaque samedi de 8 heures à 10 heures et, d'autre part, à se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi, excepté les jours fériés, à 10 heures, au commissariat de police de Gennevilliers et lui a également interdit de sortir du département des Hauts-de-Seine ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations des articles 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est disproportionné et porte une atteinte excessive à son droit à la liberté d'aller et venir en méconnaissance des articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- il méconnait l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 août 2024 :

- Le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant équatorien né le 10 avril 1974, déclare être entré sur le territoire français en 2003. Par un arrêté du 8 août 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois, en l'obligeant d'une part, à demeurer dans le lieu où sa résidence est fixée, chaque vendredi 19 heures à 20 heures et chaque samedi de 8 heures à 10 heures et, d'autre part, à se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi, excepté les jours fériés, à 10 heures, au commissariat de police de Gennevilliers et lui a également interdit de sortir du département des Hauts-de-Seine.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A D, adjointe à la cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement qui bénéficiait, par arrêté SGAD n°2024-31 du 2 juillet 2024, d'une délégation du préfet à l'effet de signer notamment les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C. Dans ces conditions, il comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. En l'espèce, M. C soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, dès lors qu'il est présent sur le territoire depuis le 15 janvier 2003, que résident sur le territoire son enfant mineur et la mère de ce dernier, et qu'il subvient à leurs besoins. De plus, il soutient qu'il est employé par la société " CRC Bâtiment " en qualité de maçon et s'acquitte de toutes ses obligations fiscales. Toutefois, d'une part, M. C n'établit pas la paternité dont il entend se prévaloir. D'autre part, il n'établit ni même n'allègue que les modalités de la décision portant assignation à résidence l'empêcheraient d'entretenir son enfant, par le biais de sa mère. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné le 1er avril 2019 par le tribunal correctionnel de Nanterre à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, qui a pour seul objet de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, a porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte excessive aux buts en vue desquels cette décision a été prise, ni qu'elle méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celle de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Eu égard à la situation de l'intéressé et aux buts en vue desquels cette mesure a été prise, les modalités de contrôle de l'assignation à résidence de M. C ne portent pas une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir garantie par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004, inopérant, dès lors que le requérant n'est pas un ressortissant d'un pays de l'Union européenne.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. Beaufaÿs La greffière,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.