Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411895

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise rejette la requête de M. B A, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 12 août 2024 renouvelant son assignation à résidence. Le tribunal estime que l'arrêté est suffisamment motivé, que la nationalité tunisienne du requérant est établie, et que les conditions légales des articles L. 731-1 et L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont remplies. La solution retenue est le rejet des conclusions à fin d'annulation et des demandes accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 août 2024, M. B A, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a renouvelé son assignation à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de fait sur sa prétendue nationalité tunisienne ;

- il porte atteinte à sa liberté fondamentale d'aller et venir ;

- il méconnait les articles L. 731-1 et L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 27 août 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Un mémoire présenté par le préfet du Val-d'Oise, a été enregistré le 27 juin 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né 27 décembre 1997, a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise par le préfet de police de Paris en date 5 avril 2024 et notifiée le 6 avril 2024. L'intéressé a par la suite été placé en rétention administrative par décision du préfet du Val-d'Oise du 27 juin 2024 mais en a été libéré par ordonnance du juge de la liberté et de la détention du 29 juin 2024. Un arrêté du même jour du préfet du Val-d'Oise a assigné à résidence M. A dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Par un arrêté du 12 août 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a renouvelé son assignation à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

3. L'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 731-1. Il indique que l'intéressé fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Enfin, il précise que l'intéressé est assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours et qu'il doit se présenter une fois par jour au commissariat de police d'Ermont. Ainsi, l'arrêté contesté, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.

4. Si M. A soutient que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché son arrêté d'une erreur de fait dès lors qu'il considère à tort qu'il est de nationalité tunisienne, il ressort des pièces du dossier que la nationalité tunisienne de l'intéressé est bien établie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté comme manquant en fait.

5. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Et aux termes de l'article L. 731-2 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 peut être placé en rétention en application de l'article L. 741-1, lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3. () ".

6. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué, non contredites, que l'intéressé est pourvu de document d'identité mais qu'il est nécessaire de prévoir l'organisation matérielle de son départ. L'intéressé n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il pourrait quitter immédiatement le territoire français. Il n'a d'ailleurs pas exécuté spontanément l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français et dont le délai de départ a expiré. En outre, par les documents qu'il verse au débat, le requérant n'établit pas que l'exécution de la mesure d'éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Il n'est pas non plus établi que l'intéressé ne disposerait plus de garantie de représentation au sens de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne démontre pas qu'il ne résiderait plus dans le département du Val-d'Oise dans un logement situé dans la commune de Montigny-Lès-Cormeilles (Val-d'Oise) où le requérant a été une première fois assigné à résidence par un arrêté du 29 juin 2024 à sa sortie de rétention administrative. Par suite, c'est sans erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a renouvelé l'assignation à résidence du requérant dans le département du Val-d'Oise pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours.

7. Si M. A soutient que l'arrêté contesté porte atteinte à sa liberté fondamentale d'aller et venir, il n'assortit pas son moyen des précisions nécessaires pour en apprécier le bienfondé. En tout état de cause, si l'arrêté attaqué oblige M. A à se présenter tous les jours au commissariat de police d'Ermont, eu égard à la situation de l'intéressé et aux buts en vue desquels cette mesure a été prise, les modalités de contrôle de son assignation à résidence ne portent pas une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir garantie par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetés ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. Beaufaÿs La greffière,

Signé

Z. Bouayyadi La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.