Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411911

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411911
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté préfectoral suspendant l'activité de pension pour chiens de la SARL Doggies et Compagnie. La société requérante n'a pas démontré l'urgence, faute de produire des pièces comptables justifiant une atteinte grave et immédiate à sa situation financière. La condition d'urgence n'étant pas remplie, la requête a été rejetée sans examen des moyens de légalité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2024, la SARL Doggies et Compagnie, représentée par Me Manya, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 2024-158 notifié le 23 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de suspendre son activité de pension pour chiens ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

1/ la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est amenée à subir une importante perte de chiffre d'affaires du fait de l'exécution de l'arrêté en litige ;

2/ les moyens suivants sont de nature à créer un doute sur la légalité de la décision attaquée :

- la décision en litige émane d'une autorité incompétente ;

- la décision en litige est entachée d'un vice de procédure ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur d'appréciation concernant la non-conformité relative à la taille des lieux d'hébergement ;

- la décision en litige est entachée d'erreurs de fait pour ce qui concerne le motif tiré d'une insuffisance des moyens d'enrichissement et de confort ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur d'appréciation concernant le motif relatif à la tenue d'un registre des entrées et sorties ;

- la décision en litige est entachée d'erreurs de fait pour ce qui concerne le motif tiré de la non-conformité des contrats de pension ;

- la mesure prise est disproportionnée ;

Vu :

- la requête n° 2411986, enregistrée le 16 août 2024, par laquelle la SARL Doggies et Compagnie demande l'annulation de la décision en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n°2024-158 notifié le 23 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé la suspension de l'activité de pension pour chiens exercée au sein de l'établissement Doggies et Compagnie sis 6 square de la côte Saint-Thibault à Bois-Colombes (92270), à compter de la notification de cet arrêté et a décidé que cette suspension ne pourrait être levée qu'après, soit constatation par les agents de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) des Hauts-de-Seine de la mise en conformité de l'établissement à l'ensemble de ses obligations telles que figurant dans la mise en demeure du 18 janvier 2024, soit transmission par l'exploitant d'une déclaration de cessation d'activité. Par la présente requête, la SARL Doggies et Compagnie demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté en litige, la SARL Doggies et Compagnie soutient que cet arrêté l'expose à une importante perte de chiffre d'affaires, l'activité de la pension représentant 138 000 euros de chiffre d'affaires annuel et la moitié de ce chiffre étant réalisé de juillet à septembre. Elle ajoute que cette perte d'activité entrainera également des conséquences sur l'activité de promenade des chiens et conclut que la perte de chiffre d'affaires annuel du fait de l'exécution de l'arrêté en litige pourrait s'élever à la somme de 159 000 euros soit 23 % de ce chiffre d'affaires. Toutefois, la SARL Doggies et Compagnie ne produit aucune pièce telle que, par exemple, un document comptable, de nature à étayer ses affirmations et donc à permettre au juge d'apprécier effectivement les effets prévisibles de la décision de l'administration sur sa situation financière. Par suite, la SARL Doggies et Compagnie ne démontre pas que l'exécution de l'arrêté qu'elle conteste serait de nature à mettre en cause la pérennité de son activité, ou même à entrainer une perte importante de chiffre d'affaires ainsi qu'elle le soutient. Elle ne justifie donc pas de l'atteinte grave portée à sa situation et donc de la situation d'urgence dont elle se prévaut.

5. Sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige, il y a donc lieu de rejeter la requête de la SARL Doggies et Compagnie dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant au versement d'une somme au titre des frais liés au litige, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SARL Doggies et Compagnie est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Doggies et Compagnie.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 28 août 2024.

La juge des référés,

Signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.