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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2411918

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411918

mercredi 4 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411918
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBLUTEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août, M. A B, représenté par Me Giboire, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 10 avril 2024 par laquelle le maire de la commune d'Argenteuil a décidé de préempter la parcelle BX 486 sise 5 rue Auguste Delaune à Argenteuil (95100), ensemble l'exécution de la décision implicite 7 août 2024 par laquelle le maire de la commune d'Argenteuil a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Argenteuil la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a intérêt à agir dès lors qu'il est titulaire d'un droit de préférence à l'acquisition du bien objet de la décision de préemption et agit en qualité d'acquéreur évincé ;

- la requête est recevable, dès lors qu'il agit dans le délai de recours contentieux ;

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors qu'il agit en qualité d'acquéreur évincé ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de préemption du 10 avril 2024 aux motifs que :

* elle a été prise par une autorité incompétente dès lors que, d'une part, il n'est pas établi que la parcelle litigieuse n'est pas située dans le périmètre défini par les conventions d'intervention foncière pour lequel la compétence au titre du droit de préemption urbain n'est pas transféré de l'Etablissement public foncier d'Ile-de-France à la commune d'Argenteuil, et d'autre part, le conseil municipal d'Argenteuil n'était pas compétente en matière de droit de préemption urbain lors de la délégation de cette compétence au maire d'Argenteuil ;

* elle est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle ne précise pas l'objet pour la réalisation duquel la décision de préemption a été prise ;

* elle méconnait les dispositions de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle n'est pas justifiée par l'existence d'un projet ou aménagement répondant aux objets mentionnés à cet article ;

- il existe un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite du 7 août 2024, dès lors qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, la commune d'Argenteuil, représentée par Me Bluteau, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que l'exercice par la commune du droit de préemption prive de tout effet la promesse de vente et que le requérant ne justifie ainsi plus de la qualité d'acquéreur évincé ;

- à titre subsidiaire, la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que l'acte de vente a été conclu entre le propriétaire et la commune d'Argenteuil, que la promesse de ventre prévoir que l'exercice du droit de préemption, même irrégulier, la prive de ses effets et empêche la réalisation de la vente envisagée et qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu :

- la requête n° 2412058, enregistrée le 16 août 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 4 septembre 2024 à 10 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;

- les observations de Me Giboire, représentant M. B ;

- les observations de Me Bluteau, représentant la commune d'Argenteuil

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a conclu une promesse synallagmatique de vente en date du 11 janvier 2024 avec le comité social et économique de Dassault Aviation portant sur l'acquisition de la parcelle BX 486, sise 5 rue Auguste Delaune à Argenteuil (95100). Suite à la réception de la déclaration d'aliéner le 16 janvier 2024, le maire de la commune d'Argenteuil a, par une décision du 10 avril 2024, exercé le droit de préemption urbain sur ce bien. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparait manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets à l'égard de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être regardée comme satisfaite lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Cependant, il en va différemment lorsque, comme c'est le cas en l'espèce, la promesse de synallagmatique de vente conclue le 11 janvier 2024 stipule que l'exercice du droit de préemption, même si celui-ci devait être annulé, prive de tous ses effets ladite promesse, ôtant ainsi à son bénéficiaire toute possibilité de réaliser la vente à son profit. Au surplus, il est constant qu'à la date d'introduction de la présente requête, intervenue 4 mois après la décision mettant en œuvre le droit de préemption, la vente du bien avait été réalisé au profit de la commune par un acte authentique en date du 2 août 2024. Il suit de là que, dans les circonstances très particulières de l'espèce, et alors qu'aucune des parties n'a en tout état de cause invoqué la nullité d'une telle clause dans la présente instance, M. B ne saurait être regardé comme justifiant d'une urgence particulière au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il suit de là que sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune d'Argenteuil.

Fait à Cergy, le 4 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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