Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411953

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du 8 août 2024 ordonnant son transfert aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile. La requête a été jugée irrecevable pour tardiveté, car introduite le 16 août 2024, soit au-delà du délai franc de sept jours prévu à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, suivant la notification de l'arrêté le 8 août 2024. Le tribunal a écarté l'argument de l'interruption du délai par une demande d'aide juridictionnelle, sans examiner les autres moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2024, M. B A, représenté par Me Lujien, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de son transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de dépôt de demande d'asile en procédure normale, dans un délai de 72 heures à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil Me Lujien, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- faute pour le préfet d'établir que la demande de prise en charge a été adressée aux autorités italiennes dans un délai de deux mois suivant le dépôt de sa demande d'asile et qu'elles y ont répondu implicitement, l'arrêté méconnaît l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles 4 et 20 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que les articles 9 et 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 dès lors que le guide Dublin et le guide relatif aux données traitées par Eurodac ne lui ont pas été remis ;

- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que le nom de l'agent ayant réalisé l'entretien individuel n'est pas indiqué, et que cet entretien n'est pas signé ;

- il méconnaît les articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que l'Italie fait face à des défaillances systémiques dans l'accueil des demandeurs d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable pour tardiveté ;

- aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

-

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Louvel ;

- les observations de Me Lujien, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Elle soutient, en outre, que la fin de non-recevoir opposée par le préfet, tirée de l'irrecevabilité de la requête en tant qu'elle est tardive, n'est pas fondée, dès lors qu'une demande d'aide juridictionnelle a été déposée.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'est ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 15 mai 1995 a déposé, le 14 mai 2024, une demande d'asile en France. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que les empreintes de l'intéressé ont été relevées par les autorités italiennes le 5 août 2023. Saisies le 24 mai 2024, les autorités italiennes ont accepté, par une décision implicite du 25 juillet 2024, de prendre en charge M. A sur le fondement de l'article 13.1 du règlement UE n°604/2013. Par un arrêté du 8 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par la présentea requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen () ". Aux termes de l'article L. 572-4 du même code :

" Sans préjudice de l'article L. 352-4, la décision de transfert mentionnée à l'article L. 572-1 peut être contestée devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 () ". Aux termes de l'article L. 921-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, qui comporte la mention des voies et délais de recours ouverts à son encontre, a été notifié à M. A par voie administrative le

8 août 2024. La requête par laquelle l'intéressé demande l'annulation de cet arrêté n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise que le 16 août 2024, soit après l'expiration du délai de recours de sept jours prévu par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, qui constitue un délai franc. Si M. A soutient que ce délai a été interrompu en raison de la demande d'aide juridictionnelle qu'il a déposée, il n'apporte pas la preuve qu'il a déposé une telle demande. Par suite, sa requête, tardive, est irrecevable.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions sans qu'il y ait lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

T. LouvelLa greffière,

Signé

O. El-Moctar

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.