Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411957

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a statué sur les recours de M. C H, contestant un arrêté du préfet de la Seine-et-Marne du 7 août 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de trois ans, ainsi qu'un arrêté du préfet du Val-d'Oise du 9 août 2024 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le juge a rejeté le moyen d'incompétence de la signataire de l'arrêté du 7 août, estimant que la délégation de signature était régulière. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais l'analyse porte sur les moyens soulevés, notamment la motivation et la compétence, en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire enregistrés les 16 août et 5 septembre 2024 sous le numéro 2411957, M. C H, représenté par Me Traoré, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. H soutient que l'arrêté attaqué :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est entaché d'un vice de procédure en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une ordonnance de renvoi n° 2405182 du 27 août 2024, le président du Tribunal administratif de Bordeaux a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. C H, enregistrée le 15 août 2024.

Par cette requête enregistrée le 2 septembre 2024 sous le numéro 2412535, M. H, représenté par Me Blain, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2024, notifié le 14 août 2024, par lequel le préfet de la Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. H soutient que les décisions contestées :

- ont été signées par une autorité incompétente ;

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2024, le préfet de la Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Seine-et-Marne fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et d'assignation à résidence.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Prost, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 août 2024, le préfet de la Seine-et-Marne a fait obligation à M. H de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté en date du 9 août 2024, le préfet du Val-d'Oise a assigné à résidence l'intéressé dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligé à se présenter tous les jours entre 8h et 12h, au commissariat de police d'Enghien-les-Bains. Par les présentes requêtes, le requérant demande au Tribunal d'annuler ces arrêtés en toutes leurs dispositions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2411957 et 2412535 concernant le même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :

3. L'arrêté du 9 août 2024 a été signé par Mme E F, directrice de l'immigration et de l'intégration, consentie par un arrêté n° 24/BC/044 du 24 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-et-Marne le même jour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-et-Marne n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la signature des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. M. H, ressortissant congolais né le 15 septembre 1962, soutient que le préfet de la Seine-et-Marne a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est entré sur le territoire français le 9 juin 2002, qu'il est en concubinage avec une ressortissante française et qu'il père de huit enfants nés en France dont deux sont de nationalité française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné par le Tribunal correctionnel de Saverne le 4 février 2021 à un an d'emprisonnement pour escroquerie et détention frauduleuse de plusieurs faux documents administratifs en récidive, par le Tribunal correctionnel de Versailles le 22 octobre 2021 à trois ans d'emprisonnement pour escroquerie en récidive puis par la cour d'appel de Versailles le 15 septembre 2023 à huit mois d'emprisonnement pour escroquerie et détention frauduleuse de faux document administratif constatant un droit, une identité ou un qualité ou accordant une autorisation. En outre, il ressort de la fiche pénale du requérant que M. H a été écroué du 3 février 2022 au 16 août 2024. Ainsi, nonobstant la menace grave à l'ordre public que constitue son comportement, si le requérant se prévaut de sa vie commune avec une ressortissante française et de sa paternité de deux enfants français nés respectivement en 2016 et 2020, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, l'intéressé ne démontre ni une vie commune établie avec Mme A de nationalité française ni participer à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants français, dès lors qu'il est constant que M. H a été en détention depuis plus de deux ans et que l'attestation de vie commune produit au dossier est postérieure à la décision contestée. Enfin, le requérant, qui n'était pas présent à l'audience, n'établit pas davantage être le père d'autres enfants présents sur le territoire français. Dans ces conditions, eu égard à la menace à l'ordre public et aux conditions de sa présence en France, l'arrêté par lequel le préfet de la Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans ne saurait être regardé comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

7. L'arrêté attaqué a été signé par M. D B, directeur des migrations et de l'intégration, qui avait délégation de signature du préfet du Val-d'Oise consentie par un arrêté n° 24-045 du 23 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise le même jour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la signature des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

8. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

10. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

11. Il ressort des dispositions des chapitres III et IV du Titre I du Livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions d'éloignement. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, imposant de façon générale le respect d'une procédure contradictoire en préalable aux décisions individuelles soumises à l'exigence de motivation, ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'une telle mesure d'éloignement. En tout état de cause, si M. H soutient que la décision attaquée méconnait le principe du contradictoire, il ressort des pièces du dossier et notamment de la notice de renseignement signée par le requérant le 12 octobre 2023 que l'intéressé a été en mesure de présenter toutes observations utiles sur sa situation personnelle et familiale qui ont pu être prises en compte par le préfet avant l'édiction de l'arrêté contesté. Par suite le moyen tiré du défaut de contradictoire doit être écarté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

12. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

13. Pour prendre la décision en litige, le préfet du Val-d'Oise relève, sans être contredit, qu'il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise le 7 août 2024 par le préfet de la Seine-et-Marne, que le requérant est dépourvu de document d'identité et de voyage en cours de validité, qu'il est nécessaire d'obtenir un laisser-passer consulaire et que si M. H ne peut quitter immédiatement le territoire français, son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise était fondé à prendre, sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision en litige.

14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 et qu'en tout état de cause la décision d'assignation à résidence contestée n'a, en tout état de cause, ni pour objet ni pour effet d'éloigner l'intéressé du territoire français, ces éléments ne suffisent pas à caractériser une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, ni l'erreur manifeste d'appréciation invoquées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. H doivent être rejetées, y compris dans leurs conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes susvisées de M. H sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C H, au préfet du Val-d'Oise et au préfet de la Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 12 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F.-X. Prost Le greffier,

signé

M. GLa République mande et ordonne aux préfets du Val-d'Oise et de la Seine-et-Marne en ce

qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2411957 et 2412535