Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2411972

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2411972
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, qui contestait l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 15 août 2024 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le juge a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la mesure était légalement fondée sur les articles L. 731-1 et L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé étant dépourvu de documents d'identité et n'ayant pas exécuté son obligation de quitter le territoire. Les obligations de présentation au commissariat ont été jugées proportionnées et non attentatoires à la liberté d'aller et venir. La demande de frais de justice a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 août 2024, M. C A, représenté par Me Garcia, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que l'arrêté attaqué :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 731-1 et L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- porte atteinte à sa liberté fondamentale d'aller et venir.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et d'assignation à résidence.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prost ;

- et les observations de M. A.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 15 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a assigné M. A à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligé à se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi à 10 heures au commissariat de police de Gennevilliers. Par la présente requête, le requérant demande au Tribunal d'annuler cet arrêté en toutes ses dispositions.

2. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.

3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Et aux termes de l'article L. 731-2 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 peut être placé en rétention en application de l'article L. 741-1, lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3. () ". Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, qui est de s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

4. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué, non contredites à l'instance, que l'intéressé est dépourvu de document d'identité et qu'il est nécessaire de prévoir l'organisation matérielle de son départ. L'intéressé n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il pourrait quitter immédiatement le territoire français. Il n'a d'ailleurs pas exécuté spontanément l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français sans délai. En outre, le requérant n'établit pas que l'exécution de la mesure d'éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Il n'est pas non plus établi que l'intéressé, qui ne produit aucune pièce à l'instance, ne disposerait plus de garantie de représentation au sens de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Hauts-de-Seine a renouvelé l'assignation à résidence du requérant dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours.

5. Si M. A soutient que l'arrêté contesté porte atteinte à sa liberté fondamentale d'aller et venir, il n'assortit pas son moyen des précisions nécessaires pour en apprécier le bienfondé. En tout état de cause, si l'arrêté attaqué oblige M. A à se présenter tous les lundi, mercredi et vendredi à 10 heures au commissariat de police de Gennevilliers, eu égard à la situation de l'intéressé et aux buts en vue desquels cette mesure a été prise, les modalités de contrôle de son assignation à résidence ne portent pas une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. A doivent être rejetés, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F.-X. Prost Le greffier,

signé

M. B La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.